À Chios, les réfugiés manifestent contre leur rapatriement en Turquie. Louisa Gouliamaki/AFP
Les autorités grecques et de l'Union européenne (UE) peaufinaient hier dans la discrétion l'opération censée permettre le renvoi en Turquie dès aujourd'hui de centaines de migrants.
Les autorités étaient réticentes à livrer des détails de l'opération, qui devrait commencer aujourd'hui à Lesbos. Elle pourrait concerner l'ensemble des îles de la mer Égée situées face à la Turquie, où sont encore arrivées depuis le 20 mars, date d'entrée en vigueur de l'accord, quelque 6 000 personnes.
Selon l'agence de presse grecque Ana, 750 migrants seront renvoyés entre aujourd'hui et mercredi, à raison de 250 par jour, majoritairement des Pakistanais, Sri Lankais et Africains. « Nous avons dit aux autorités grecques que nous pouvions prendre 500 personnes et elles nous ont donné 400 noms. Demain, il est possible que le chiffre change », a indiqué de son côté à l'agence turque Anatolia le ministre de l'Intérieur turc Efkan Ala. La Turquie a commencé à préparer des centres d'accueil en face des îles de Lesbos et de Chios, et un camp de plus forte capacité à l'intérieur des terres. Frontex, l'agence de surveillance des frontières extérieures de l'UE, a affrété deux bateaux turcs pour opérer depuis Lesbos, et un troisième pour opérer depuis Chios, selon Ana. L'UE envoyait pour sa part des forces pour encadrer l'opération. Une journaliste de l'AFP a vu arriver hier sur l'île de Chios une vingtaine d'agents de Frontex. La France a prévu l'envoi de 200 CRS, policiers et gendarmes notamment. On constatait une vague de demandes d'asile de dernière minute, puisque l'accord prévoit un examen individuel de chaque cas. Selon Boris Cheshirkov, le porte-parole de l'UNHCR sur l'île, « plus de 2 000 personnes ont annoncé leur souhait de demander l'asile et il faut mettre en place un processus crédible de la part des services d'asile grecs ».
Parallèlement, l'UE se préparait donc à recevoir ces premiers Syriens, particulièrement protégés, car venant d'un pays ravagé par la guerre. Le ministère de l'Intérieur allemand a annoncé hier qu'un premier groupe de 35 était attendu lundi en Allemagne. Une source gouvernementale allemande a évoqué par ailleurs l'arrivée de quelques dizaines d'autres en France, en Finlande et au Portugal aujourd'hui également.
L'opération n'en suscite pas moins une forte opposition des défenseurs des droits de l'homme. Samedi, Peter Sutherland, conseiller spécial de l'Onu sur les migrations, a redouté des « expulsions collectives sans regard pour les droits individuels de ceux qui affirment être des réfugiés ».
Le coordinateur grec pour cette question migratoire, Giorgos Kyritsis, a affirmé néanmoins à l'AFP que l'opération de lundi ne concernerait « que des personnes qui n'ont pas demandé l'asile ». Amnesty International, de son côté, a accusé Ankara de forcer une centaine de Syriens par jour à rentrer dans leur pays, accusation rejetée par la Turquie.
(Source : AFP)


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