Militaires et policiers patrouillaient hier aux abords de l’aéroport de Bruxelles-Zaventem, fouillant tous les véhicules qui voulaient s’y rendre. John Thys/AFP
La police belge tentait toujours hier de mettre la main sur le principal suspect en fuite une semaine après les attentats jihadistes à Bruxelles, qui ont fait 32 morts.
Après un travail complexe, les autorités ont terminé l'identification des victimes. Le bilan a ainsi été révisé à la baisse, « après vérification approfondie », a annoncé le ministère de la Santé, reconnaissant que trois personnes avaient été comptabilisées deux fois parmi les morts. Selon le parquet de Bruxelles, 17 personnes tuées étaient belges et 15 étrangères (18 en tenant compte des binationaux). Dans la capitale de l'Union européenne, une ville très cosmopolite, des expatriés et voyageurs de treize nationalités différentes ont perdu la vie dans les attaques jihadistes, qui ont également fait 340 blessés, dont 94 étaient encore hospitalisés hier.
La capitale belge garde encore des stigmates des attaques. L'aéroport, dont le hall des départs a été dévasté par les explosions, testait hier des infrastructures temporaires, avec une simulation de reprise partielle du trafic. Mais il ne pourra pas encore rouvrir aujourd'hui comme espéré un temps par la société gestionnaire Brussels Airport, qui a déjà prévenu qu'un retour à la normale prendrait « des mois ». La circulation du métro, elle, doit reprendre aujourd'hui sur l'ensemble du réseau, à l'exception de la station Maelbeek, où s'est fait exploser un kamikaze.
Les trois kamikazes de Bruxelles ont été identifiés, et leurs liens avec les commandos du groupe jihadiste État islamique (EI), qui ont tué 130 personnes le 13 novembre à Paris, rapidement établis. Mais l'enquête a subi un sérieux revers lundi. La justice, qui espérait avoir arrêté le troisième poseur de bombe de l'aéroport, recherché depuis une semaine, a libéré le seul homme inculpé dans l'enquête sur les attaques bruxelloises, Fayçal Cheffou.
Menace toujours élevée
Selon une source proche du dossier, « les enquêteurs ont établi que ce n'est pas ''l'homme au chapeau'' » repéré sur des images de vidéosurveillance à côté des deux kamikazes de l'aéroport et qui a abandonné sa valise piégée avant de prendre la fuite. Ce suspect-clé est donc toujours en cavale. M. Cheffou « a donné un alibi au niveau de la téléphonie, disant qu'il était chez lui au moment des attentats », a expliqué son avocat. « Je ne peux rien reprocher au juge d'instruction », a ajouté Me Olivier Martins à la télévision publique francophone RTBF.
« La frontière est ténue entre un radical agité et un radical recruteur, et probablement, le magistrat n'a pas voulu franchir la frontière », a déclaré de son côté le maire de Bruxelles, Yvan Mayeur, semblant déplorer la remise en liberté de Fayçal Cheffou, qu'il accuse d'avoir « agité » des réfugiés dans un campement pour migrants.
Cette nouvelle polémique s'ajoute à d'autres critiques déjà adressées aux autorités belges, notamment pour défaut de surveillance d'un des kamikazes de l'aéroport, qui n'a pas été inquiété après avoir été arrêté en Turquie puis expulsé l'été dernier. Les Pays-Bas ont ainsi confirmé hier que le FBI avait fiché cet homme, Ibrahim el-Bakraoui, dès septembre 2015. La Haye, mis en garde par les Américains quelques jours avant le 22 mars, assure avoir aussitôt prévenu la police belge, qui conteste cette version. Pour sa part, le ministre belge de la Justice, Koen Geens, mis en cause pour sa gestion du dossier avec son collègue de l'Intérieur, Jan Jambon, a affirmé à la télévision publique flamande VRT que « ce n'est pas le moment de se battre entre nous. L'ennemi se trouve en Syrie ».
Signe d'une menace toujours élevée, les enquêtes sur les réseaux jihadistes prennent une tournure de plus en plus européenne, avec de nouvelles arrestations ces derniers jours en Belgique, en France, en Italie et aux Pays-Bas. La France a ainsi affirmé avoir mis « en échec » un projet d'attentat avec des ramifications européennes. La garde à vue du principal suspect, l'ex-braqueur français Reda Kriket, a été prolongée hier de 24 heures par la justice française. Un de ses complices présumés, arrêté dimanche aux Pays-Bas, a pour sa part refusé d'être extradé vers la France, ce qui devrait ralentir la procédure.
(Source : AFP)

