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Liban - Bkerké

Raï : La vacance présidentielle détruit à petit feu l’unité du Liban

Les Pâques catholiques célébrées dans la quiétude sécuritaire, mais l'inquiétude politique.

Le patriarche Raï, célébrant, dimanche, l'office pascal (photo Ani).

De Kobeyate à Tyr, en passant par Tripoli, Jbeil, Beyrouth et Saïda, et de Zahlé à Ras Baalbeck, sans oublier Deir el-Ahmar et Bécharré, les églises catholiques au Liban ont célébré la fête de Pâques en toute quiétude, mais aussi dans l'incertitude et le questionnement politique et l'inquiétude de l'avenir.
Dans presque toutes les homélies, des sujets d'intérêt national ont été abordés. Ainsi, pour Mgr Michel Kassarji, évêque chaldéen du Liban, l'homélie a été l'occasion de plaider en faveur d'une représentation de sa communauté au Parlement.
Mais le message le plus fort, c'est le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, qui l'a lancé dimanche à partir du siège patriarcal maronite. Mgr Raï a plaidé pour une « neutralité positive » du Liban, qui le tienne à l'écart des axes régionaux et internationaux, tout en le gardant « proche des causes de la justice, de la paix et du développement ». Citant le secrétaire général de l'Onu, le patriarche a aussi redit combien la vacance présidentielle prolongée détruit à petit feu l'unité du Liban et affaiblit sa position internationale.
Dans son message, il a révélé en partie le discours qu'il a tenu devant Ban Ki-moon, en visite de 48 heures au Liban, rencontré vendredi au siège de l'archevêché maronite de Beyrouth. Il a ainsi expliqué avoir affirmé que « sans l'élection d'un président qui protège la Constitution et soit garant de l'unité et de la souveraineté de l'État, il sera facile d'implanter les réfugiés dont le nombre atteint 2 millions, soit la moitié de la population libanaise ».
On sait que le Liban est sans président depuis deux ans, soit depuis le 25 mars 2014, date butoir avant laquelle un président devait être élu, conformément à la Constitution. Celle-ci prévoit que le président doit être élu deux mois avant l'expiration du mandat du président en exercice. À l'époque, il s'agissait de Michel Sleiman.
« L'absence d'un président détruit petit à petit l'unité interne et affaiblit la position occupée par le Liban sur le plan international », a encore dit Mgr Raï, citant Ban Ki-moon, qui semble parfaitement informé de la situation.
« L'autre vérité dont nous avons fait part au secrétaire général de l'Onu, a poursuivi le patriarche, c'est que le maintien au Liban des réfugiés syriens, dans des conditions de misère, les expose à être instrumentalisés politiquement et religieusement par les groupes terroristes. C'est pourquoi le Liban officiel refuse que leur retour dans leurs foyers soit "volontaire" comme le veut la résolution 2254 du Conseil de sécurité. »
Le Liban refuse que le retour des réfugiés en Syrie soit « optionnel » et que l'éventualité d'une naturalisation des réfugiés installés sur son territoire soit retenue comme possibilité, en raison du grave déséquilibre démographique qu'il introduit dans le tissu social islamo-chrétien caractéristique du Liban, explique-t-on à Bkerké.

Afif Osseirane, témoin de la Résurrection
Par ailleurs, et pour la première fois en public, le patriarche maronite a évoqué samedi, dans son message pascal, la figure du père Afif Osseirane, un musulman converti au christianisme puis devenu prêtre, fondateur d'une œuvre sociale pour l'enfance déshéritée, dont la cause de béatification a été récemment introduite par l'Église maronite.
Dans son message pascal, le chef de l'Église maronite a évoqué les « témoins » historiques et spirituels de la résurrection du Christ. Au nombre de ces témoins, il a cité le cas des soldats préposés à la garde du tombeau, médusés par l'événement de la Résurrection, mais soudoyés pour cacher la vérité et propager une version mensongère de ce qui s'était passé.
« C'est le drame toujours répété de la dissimulation de la vérité par des personnes soudoyées », a regretté Mgr Raï, qui a repris : « L'argent aveugle le cœur (...). Hélas, ce drame se répète, et ce sont des citoyens innocents, et parfois des patries, des réputations et des institutions qui en sont victimes, comme cela se passe chez nous. »
C'est en « témoin du cœur » que le patriarche a ensuite évoqué la figure connue du père Afif Osseirane. Pour la première fois, il a évoqué la conversion au christianisme dans les années 40 de ce jeune homme de la bourgeoisie chiite de Saïda, touché par la grâce à la lecture de l'Évangile des Béatitudes. Baptisé à Louvain en 1945, à l'âge de 25 ans, Afif Osseirane, a précisé Mgr Raï, a rejoint les Petits Frères de Jésus fondé par Charles de Foucauld en 1954. Il suit sa petite communauté monastique en Algérie, en France et en Iran, où il obtient un doctorat en lettres persanes de l'Université de Téhéran, avant d'être ordonné prêtre en 1962 à l'archevêché maronite de Beyrouth et de fonder au Liban la Maison de la Providence pour les enfants de rue.

Le sort des institutions
« La cause de la béatification de Afif Osseirane, décédé le 3 août 1988, est aujourd'hui en cours d'examen », a conclu le patriarche maronite, qui a par ailleurs donné, comme modèles de conversion, Charles de Foucauld lui-même, ainsi que deux grands chrétiens venus du judaïsme, l'Allemande Edith Stein, élève de Husserl, docteure en philosophie, morte à Auschwitz en 1942 et canonisée par Jean-Paul II, et l'archevêque de Paris, le cardinal Jean-Marie Lustiger, décédé en 2007, dont la mère est également décédée à Auschwitz.
« La résurrection des cœurs aux sentiments d'humanité, de justice et de paix, nous en avons besoin à l'heure où des forces politiques régionales et internationales imposent aux peuples du Moyen-Orient, en particulier à la Palestine, l'Irak et la Syrie, des guerres destructrices (...) dans leurs seuls intérêts économiques et leurs objectifs stratégiques. »
Nous espérons aussi une résurrection des cœurs, pour les membres de blocs politiques et parlementaires du Liban, qui tiennent entre leurs mains le sort des institutions, a ajouté en substance Mgr Raï, pour que le Liban demeure le « Liban- message » voulu par Jean-Paul II et perçu comme tel par des personnalités aussi diverses que René Maheu, l'ancien directeur général de l'Unesco, cheikh Hamad ben Jassem al-Thani, l'ancien Premier ministre du Qatar, ou Georges Naccache, fondateur du quotidien L'Orient.

De Kobeyate à Tyr, en passant par Tripoli, Jbeil, Beyrouth et Saïda, et de Zahlé à Ras Baalbeck, sans oublier Deir el-Ahmar et Bécharré, les églises catholiques au Liban ont célébré la fête de Pâques en toute quiétude, mais aussi dans l'incertitude et le questionnement politique et l'inquiétude de l'avenir.Dans presque toutes les homélies, des sujets d'intérêt national ont été abordés. Ainsi, pour Mgr Michel Kassarji, évêque chaldéen du Liban, l'homélie a été l'occasion de plaider en faveur d'une représentation de sa communauté au Parlement.Mais le message le plus fort, c'est le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, qui l'a lancé dimanche à partir du siège patriarcal maronite. Mgr Raï a plaidé pour une « neutralité positive » du Liban, qui le tienne à l'écart des axes régionaux et...
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