À l'heure où l'industrie de la mode, en surchauffe aiguë, s'interroge sur l'opportunité ou non de suivre le calendrier harassant des collections ou de céder ou pas à la tendance du see now-buy now lancée à New York, Hermès observe la mêlée de son balcon hors du temps. Maison de qualité, la griffe s'accroche à un classicisme contemporain et déploie avec sensualité des codes gravés dans la beauté de ses matières d'exception : cachemire, serge de laine et twill de soie, soie mercerisée, veau nubuck, box, agneau-seconde peau et chèvre velours, le tout illuminé de clous minuscules en métal rhodié jouant les studs : une touche rock dans un vestiaire épuré.
Rigueur et fluidité
Avec sa troisième collection à la tête de la création d'Hermès, Nadège Vanhee-Cybulski, 37 ans, achevait de légitimer sa place au saint des saints d'un studio qui n'avait vu se succéder, jusque-là, que des hommes, et pas les moindres : Martin Margiela, Jean-Paul Gaultier et Christophe Lemaire. Diplômée de l'Académie des beaux-arts d'Anvers, la créatrice française avait d'ailleurs fait ses armes chez Margiela, puis chez Céline auprès de Phoebe Philo. De ces deux maîtres, elle a certainement gardé un goût pour le minimalisme, les volumes et les coupes rigoureuses qui se reflète de manière particulière dans la ligne Hermès automne-hiver 2016.
Le choix du manège des Célestins pour présenter le défilé est en soi tout un programme. D'emblée, dans le dépouillement des lieux, la présentation s'enveloppe d'une aura initiatique. Il y a dans l'air quelque chose de sacré, accentué par une musique incantatoire. Les mannequins affichent une attitude résolue, libèrent une force indéniable. Les silhouettes allongées de la collection définissent une élégance sans ostentation. Les lignes sont d'une netteté absolue, les bords francs, les longueurs sont généreuses et le cou se dégage avec grâce d'un col droit architectural. Jupes et robes longues sont délicatement plissées, la taille princesse favorise le mouvement. Le corps est enrobé de volumes généreux et de matières sensuelles dont la douceur contraste avec l'austérité des coupes.
De la tenue avant toute chose
Une impression de solidité structurelle saute aux yeux dans ces superpositions de textures fermes et de cuirs, ces mélanges acrobatiques du souple et du rigide qui mettent en avant le savoir-faire de la maison tout autant qu'ils appellent le toucher. Ici, l'ultracontemporain est en même temps intemporel. Il y a quelque chose de tribal chez ces amazones sanglées dans des gilets de fourrure, mais l'empathie de Nadège Vanhee-Cybulski pour ses congénères est bien là, dans cette envie de les protéger, et en même temps de libérer leurs mouvements, d'alléger leurs épaules. Puisant dans les trésors d'Hermès, elle les couvre de matières caressantes sans oublier de les ancrer dans le présent. Dans la sobriété des grands aplats de couleurs pastel ou profondes, elle sème comme autant d'éclats de lumières de minuscules clous d'argent qui donnent comme par magie une allure résolument rock à des tenues autrement quasi monacales. Bombers, vestes à manches kimono ou cardigans duffle-coats à maille torsadée habillent des guerrières raffinées. Dans la douceur d'une palette neutre explose le motif récurrent d'une palme royale, un orange safrané, du vert absinthe, cèdre ou céladon, sans compter les deux couleurs maîtresses de la saison notamment déclinées dans les cuirs : bordeaux saturé et cannelle. Le soir, des ensembles jaune cuivré ou des fourreaux ligne « H » soulignent une puissante féminité. Parmi les rares concessions aux tendances de la mode, on relèvera la présence de bottes cavalières à talon massif, en cuir vernissé, proposé en plusieurs teintes. On l'aura compris, il n'y a de place ni à la mièvrerie ni aux fioritures inutiles dans cette collection-manifeste où le travail de l'artisan refuse de céder aux caprices du temps.
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