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Culture - Exposition

Un Sumérien parmi nous...

Une quinzaine de toiles (acrylique et huile), hiératiques et héraldiques, à la galerie Agial*, aux couleurs de terre et vert de gris, habitées de mystère et de silence. Leur signataire, Saadi al-Kaabi, un Irakien au seuil de ses quatre-vingt ans mais au regard de jeune homme fasciné par la civilisation de ses ancêtres.

Des toiles (aux dimensions variables, allant de 1,14 m x 1,36 m à 56 cm x 81 cm) à l’aspect lisse mais où, en fond de plan, émerge un bloc de pierre avec écriture, l’archéologie et les méandres de l’histoire ne lâchent pas prise.

Dans le chaos de la rue passante Abdel Aziz, dans le quartier de Hamra, ces toiles font figure de halte et d'oasis préservée dans la fièvre d'une ville livrée aux embouteillages et à la dictature des klaxons. Tournée d'un univers secret et silencieux qui en dit plus loin et plus grand qu'il ne semble...
Que reste-t-il de l'Irak et de Bagdad? Saadi al-Kaabi, né à Najaf, n'a pas suffisamment de mots pour raconter sa vie et ses périples. Ses errances et ses déboires dans le monde arabe. Lui qui a pourtant exposé ses œuvres (il peint depuis sa plus tendre enfance) non seulement à Bagdad mais aussi à Paris, Rome, New York, Moscou, Stockholm, Berlin, Prague, Pékin...
Le crâne totalement dégarni, le teint bistre, les moustaches blanches comme neige, les lunettes aux montures noires dévorant ses traits, la chemisette verte et le pantalon beige clair, le peintre, du haut de son âge vénérable, est au plus proche des ses toiles. Toutes nées et nourries de ses années de jeunesse d'un pays qu'il a dans la peau et où il a longtemps été fonctionnaire du ministère de la Culture.

Révolution ou résignation ?
Aujourd'hui, dans un Beyrouth ravagé par les déchets mais qui se pique toujours de culture, il offre ses tableaux, un monde étrange échappé aux vestiges anciens du berceau de l'alphabet, pour une leçon de sagesse et d'archéologie. En touches imperceptibles, légères et graves sans être pesantes.
Avec un étrange non-dit où le silence est le meilleur moyen de se retrouver et surtout entreprendre un dialogue avec «soi». Comme le plus éclairant et le plus profond des discours. Des silhouettes, en cortège, en couples ou en ombres solitaires, noyau d'une société en procession muette ou emmurées dans des zones à l'air opaque. Pour une révolution ou une résignation? Nul ne le dira! «Plutôt révolution de la société», lance toutefois l'artiste!
Des visages sans yeux, des nudités sans indécence, des nus sans leurs attributs sexués, des paysages sans contours, comme happés par un écran de vide, des vivants sans éclats de vie, et pourtant la pulsation de la vie est perceptible, des ombres aux allures marquantes, presque prêtes à s'agiter, agir, manifester, parler...
Dans des toiles (aux dimensions variables, allant de 1,14 m x 1,36 m à 56 cm x 81 cm) à l'aspect lisse mais où, en fond de plan, émerge un bloc de pierre avec écriture, l'archéologie et les méandres de l'histoire ne lâchent pas prise. Avec sur blocs de pierres gravées, des lettres sans un suivi phrasé.
Des bribes d'écritures comme pour échapper au temps ou ne jamais le perdre de vue. Sans jamais que ce temps n'asservisse un mouvement, une attitude, un arrêt. C'est à croire qu'il s'agit là surtout d'une libération du temps. Avec des personnages inidentifiables, certes humains, mais certainement venus d'ailleurs ou y allant...
Par-delà cette écriture discrète comme glissée à une oreille tendue et attentive, il y a de toute évidence les souvenirs et les influences de l'art islamique. Sur les verres ou les savantes beautés d'une calligraphie arabe dont les ondes de choc n'ont pas fini de se répercuter devant des yeux toujours éblouis par un art impérissable.
Mais, en fait, le vrai «actant» de ces toiles, c'est le silence. Ce silence, non lourd ou oppressant, mais révélateur pour un regard plus intériorisé, plus scrutateur que frivole, plus éloquent qu'absent.
Perfectionniste, l'artiste dit en substance: «Pourquoi aurai-je besoin de mots quand mes toiles parlent pour moi?...»
Pour Saadi al-Kaabi, qui a déjà exposé plus d'une fois au pays du Cèdre, les derniers mots sont pour ce Proche-Orient aujourd'hui tout dépecé, démonté.
Le sage a parlé! «Je souhaite surtout pour le Liban un meilleur être, dit-il en un calme olympien. Qu'il se porte mieux dans toutes ses entités : terre, citoyenneté, flore et faune...»

*L'exposition « Le discours du silence » de Saadi al-Kaabi à la galerie Agial (rue Abdel Aziz) se prolongera jusqu'au 26 mars courant.

Dans le chaos de la rue passante Abdel Aziz, dans le quartier de Hamra, ces toiles font figure de halte et d'oasis préservée dans la fièvre d'une ville livrée aux embouteillages et à la dictature des klaxons. Tournée d'un univers secret et silencieux qui en dit plus loin et plus grand qu'il ne semble...Que reste-t-il de l'Irak et de Bagdad? Saadi al-Kaabi, né à Najaf, n'a pas suffisamment de mots pour raconter sa vie et ses périples. Ses errances et ses déboires dans le monde arabe. Lui qui a pourtant exposé ses œuvres (il peint depuis sa plus tendre enfance) non seulement à Bagdad mais aussi à Paris, Rome, New York, Moscou, Stockholm, Berlin, Prague, Pékin...Le crâne totalement dégarni, le teint bistre, les moustaches blanches comme neige, les lunettes aux montures noires dévorant ses traits, la chemisette verte et le...
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