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Moyen Orient et Monde - Commentaire

L’attaque de Ben Guerdane est le signe patent de l’échec d’un État

Un membre des forces spéciales dans une des rues de la ville de Ben Guerdane. Fathi Nasri/AFP

Depuis les attaques de Ben Guerdane, les commentaires et les prises de position vont bon train, allant des interprétations pertinentes des chercheurs de think thank aux prédictions apocalyptiques de certains journalistes. Il n'en reste pas moins que si la situation dans le sud tunisien doit être étudiée en fonction des variables régionales, que la dynamique « jihadiste » comme débouché politique pour certains doit être finement analysée (en dépassant les généralisations et les tentations de modélisation valables en tout lieu), la dimension nationale reste évidemment prépondérante. Le discours tunisien produit sur cette situation et sur le sud de manière générale est on ne peut plus inquiétant.
Le sud tunisien est cette expression qui sert à définir les territoires en aval de la ville industrielle de Sfax. Un espace, proche de la Libye, délaissé par le président Bourguiba et par l'élite postindépendantiste. Rassemblant ce que certains hommes politiques tunisiens qualifieront de « l'armée des vaincus de Bourguiba », cette région est jugée trop conservatrice, trop « arabe » (ici au sens de trop bédouine), trop africaine. Une Tunisie qui ne correspond pas à l'image que la bourguibie a voulu donner de la Tunisie, cette « Ifriqiya » côtière, héritière de Carthage et « moderne » (ici au sens « occidental »). Une Tunisie qui a très tôt appris à se prendre en charge seule, fournissant des contingents d'émigrés et survivant grâce au commerce informel avec les pays frontaliers. C'est ce sud qui de manière épisodique réinterroge le pouvoir central ainsi que son appartenance à cette Tunisie dominée par les côtes.
Aujourd'hui, un discours domine, celui d'une élite de l'ancien régime, idéologues et acteurs des milieux sécuritaires, qui se saisissent de la situation, pour rejouer leurs guerres face à des islamistes désormais associé au consensus national. C'est sûrement davantage du côté des représentations de cette l'élite (qui détient le pouvoir politique et économique, forge les discours à travers sa mainmise sur les médias) qu'il faut aller chercher les éléments explicatifs de cette violence. L'une des conséquences du poids de ces représentations reste l'absence de vision claire et le déficit de politiques publiques efficaces orientées vers ces régions. Tant que la lucidité dans l'analyse fera défaut, nous aurons les plus grandes difficultés à élaborer des solutions qui font sens, aussi bien pour les habitants de ces régions, que pour les autres Tunisiens, ceux de Tunisie ou de la diaspora.
Considérer la variable « jihadiste » comme dynamique politique et guerrière est non seulement réducteur, mais ne renvoie pas aux réalités de terrain complexes. C'est en cherchant à dépasser les lectures politico-théologiques qu'il faut appréhender ces situations pour parvenir à penser des politiques publiques adaptées. La Tunisie de 2016 est débarrassée de la dictature depuis maintenant cinq ans. Cinq années qui ont vu des évolutions politiques et sociétales importantes, mais la situation reste figée sur le plan social. Le conservatisme des élites tunisiennes post-1956 et les outils qu'ils ont développés pour maintenir leur hégémonie culturelle, politique et économique, ont empêché toute émergence d'un processus de transformations sociales.
L'attaque de Ben Guerdane est le signe patent de l'échec d'un État et des différents exécutifs. Rien ne doit donc disculper l'État et ses relais de leurs responsabilités. Rien ne doit permettre d'occulter les véritables responsabilités. Ni les logorrhées nationalistes, ni le discours sur l'unité nationale, ni les opérations de communication ne doivent faire oublier les innombrables échecs d'un gouvernement qui navigue à vue et dont l'incompétence devient de jour en jour de plus en plus criminelle.

Wajdi LIMAM
Chercheur, militant associatif et cofondateur de l'Union pour la Tunisie (Uni T)


Depuis les attaques de Ben Guerdane, les commentaires et les prises de position vont bon train, allant des interprétations pertinentes des chercheurs de think thank aux prédictions apocalyptiques de certains journalistes. Il n'en reste pas moins que si la situation dans le sud tunisien doit être étudiée en fonction des variables régionales, que la dynamique « jihadiste » comme...

commentaires (2)

Et parce que le qatar n'a toujours pas avalé que le peuple tunisien l'a envoyé paître ailleurs . Pourquoi nous cacher que le hezb résistant combat les bactéries en Tunisie aussi . L'Algérie et la Tunisie sont les 2 seuls pays arabes à avoir dit non à " l'unanimité arabe " .

FRIK-A-FRAK

14 h 08, le 11 mars 2016

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Commentaires (2)

  • Et parce que le qatar n'a toujours pas avalé que le peuple tunisien l'a envoyé paître ailleurs . Pourquoi nous cacher que le hezb résistant combat les bactéries en Tunisie aussi . L'Algérie et la Tunisie sont les 2 seuls pays arabes à avoir dit non à " l'unanimité arabe " .

    FRIK-A-FRAK

    14 h 08, le 11 mars 2016

  • Comme si Wajdi Liman savait ce qui devrait être fait...pourquoi ne pas être plus clair et avancer des propositions pour ce sud-est tunisien si pauvre...

    Beauchard Jacques

    11 h 33, le 11 mars 2016

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