Chaque pays a ses caractéristiques, ses particularités, son unicité. Au Liban, comme à l'accoutumée, on fait fréquemment plus fort que les autres. Et ce ne sont pas les expats ou les touristes qui y viennent qui diront le contraire. Quand on rencontre un Français, une Américaine, bref un(e) Occidental(e), il est souvent étonné par certaines de nos habitudes, de nos traditions, de nos expressions et il se retrouve également face à des situations qu'il n'avait jamais rencontrées auparavant. Du genre ?
Déjà au niveau de la langue, ils apprennent qu'un Libanais pense en libanais avant de traduire simultanément dans la langue de Baudelaire par exemple. Ce qui donne des phrases du style : il est descendu aux élections (encore faut-il qu'il y en ait) ou il est monté de classe. Ou même un « bon bain » à quelqu'un qui vient de prendre sa douche quand ce n'est pas employé directement à l'attention d'un enfant : viens, on va prendre bon bain. Le Libanais appelle espadrille (voire spadrine) toutes sortes de chaussures et particulièrement les baskets. Et lorsqu'il est en compagnie d'une personne plus âgée, il (ou elle bien évidemment) l'appellera 3amo ou tante. D'ailleurs au Liban, on n'appelle pas les oncles et tantes maternel(les)s comme ceux du côté du père. Parfois, et c'est ce qui interloque le plus nos amis étrangers, c'est notre façon d'appeler nos enfants : maman, jeddo ou téta. Papi, dis bonjour à 3amo. Tout un concept. Idem pour les serveurs qu'on interpelle par un brillant : maître.
Mais au-delà de la langue, quand on vient en visite au Liban (encore faut-il qu'il y ait des touristes), qu'on s'y installe ou qu'on y passe ses vacances en famille, on apprend certaines choses ou, tout du moins, on se les remémore. Déjà, on sait l'heure qu'il est grâce aux coupures. Tiens, il est midi, n3ata3it l'kahraba. Et on sait quand on peut rentrer à la maison. « J'attends 18 heures, je n'ai pas envie de monter 7 étages à pied », donc on traîne en attendant que le moteur (et pas un diesel) « arrive » pour qu'on puisse faire marcher une lessive, mais pas en même temps que le séchoir (le sèche-cheveux, quoi).
C'est donc au Liban que beaucoup d'étrangers apprennent l'organisation. Comme, par exemple, prévoir de travailler un jour ensoleillé parce que dès la première pluie, Internet va déconner, et le câble aussi. Mieux vaut donc être préparé : bougies, jeux de cartes (les Libanais adorent jouer aux cartes) et briquet avec mini-« torche » lumineuse au bout. Mais bon, le système D aidant, on a relié nos fils électriques à ceux du voisin pour assurer le fonctionnement d'un ventilateur en cas de grosse chaleur. D'ailleurs au Liban, la température peut varier de 15 degrés en 24 heures. D'où la fierté du peuple ; on peut nager et skier bla-bla-bla. Souvent, quand il fait beau, c'est que c'est l'été, que l'été est chaud et humide comme à Miami et qu'en été, tout le monde se marie et que ce qui est fou, c'est que les Libanais ont toujours une cousine qui se marie et ce, chaque été. Et à l'inverse, ils ont souvent un proche qui meurt (et ce n'est pas la sempiternelle excuse scolaire du « mon grand-père vient de mourir »). Et ils vont à des condoléances, habillés de noir. Concept totalement étranger à ceux qui ne sont pas libanais. Ah, et ils payent des profs de vélo et même des gens pour promener leurs chiens.
Il y a plein de petits trucs aussi insolites qu'adorables, aussi dingues que gênants qu'un « touriste » ou un « voyageur » (ne cherchez pas à comprendre) retiendra. Une boîte de 2 Chicklets remplace une pièce de 100 LL, la mode est aux sourcils noirs tatoués, on ne jette pas le papier toilettes dans la cuvette, que s'il y a des embouteillages, c'est parce qu'on est mardi, qu'un supernight-club n'est pas une boîte mais un club de strip-tease, qu'au restaurant, il y a une table de desserts et de fruits, à part ; qu'on fait des missed calls pour dire à quelqu'un de descendre, que les taxis vous klaxonnent pour vous proposer de vous prendre, même si vous venez de claquer la porte de votre voiture, qu'on peut se faire livrer des glaçons, en fait qu'on peut tout se faire livrer à domicile, des capotes aux burgers, en passant par un narguilé ou une boîte de Panadol, le médicament national, et que si ça sent aussi mauvais, c'est parce que les vaches viennent d'arriver au port. Ah non ! Ça, c'est surtout les poubelles en ce moment...
Déjà au niveau de la langue, ils apprennent qu'un Libanais pense en libanais avant de traduire simultanément dans la langue de Baudelaire par exemple. Ce qui donne des phrases du style : il est descendu aux élections (encore faut-il qu'il y en ait) ou il est monté de classe. Ou même un « bon bain » à quelqu'un qui...


Je suis d'accord pour trouver ces particularités plaisantes et inoffensives, en revanche le "au niveau de" que les français mettent "à tous les niveaux" m'horripile assez. Cela étant, le billet est trés sympa.
13 h 41, le 12 mars 2016