Exposées comme des jouets pour enfants, les poupées russes nous ont toujours semblé comme hantées par les fantômes de psychopathes épouvantables. Elles nous donnent la chair de poule. Il suffit de dire que nous n'en sommes pas les plus grands fans. C'est pourtant dans cette optique que se lancent de plus en plus de constructeurs automobiles : l'emboîtement de leurs véhicules à la façon poupées russes.
Dernièrement, les stylistes se font de plus en plus paresseux, peut-être ont-ils peur du risque ? Peut-être sont-ils satisfaits du médiocre... ces tendances ont l'air de persévérer et même évoluer. C'est en 1963 que les successeurs d'un Allemand du nom de Ferdinand Porsche établissent les plans pour une invention qui va révolutionner l'industrie, la photocopieuse 911.
Soudainement, se concentrant beaucoup plus sur le profit que sur l'image de la marque, les voitures allemandes se sont mises à imiter le modèle copy-paste-resize. Personne n'échappe à la hantise des poupées russes. Cette malédiction ravage les grands groupes, certains plus que d'autres. C'est peut-être meilleur pour la production, mais ils ont arrêté de nous faire rêver et c'est bien triste.
Les « rescapés » bavarois maintiennent une identité saine et une variation plus ou moins correcte. BMW offre une variété des segments grandissante avec quelques-unes qui, désormais, ne diffèrent que par leur taille, surtout dans la gamme X. La X4 n'est autre qu'un modèle mini de la X6. La X2 va bientôt paraître, bien évidemment, le modèle micro. Et puis, nous arrivons au comique de la version 4 portes de la série 4 ? Est-ce pour ceux qui veulent la version 4 portes de la version 2 portes de la version 4 portes originale ?
Un peu plus loin en Bavière, Audi plonge petit à petit, mais sûrement, dans le piège de l'emboîtement. Le charme Audi A4/R8 de l'année 2007 qui a repropulsé Audi dans les pages de couverture des magazines plonge plus loin dans son déclin. Le produit prodige de De Silva a été abusé et essoré jusqu'à la dernière goutte. Et pourtant, ce style ne veut juste pas mourir. Même les experts automobiles ont beaucoup de difficulté à reconnaître et différencier la A4 de la A6, de la A5 4 portes, voire même la A8. À quoi bon sert toute cette variété, si elle ne découle que d'un seul sketch. Mais il existe tout de même une lueur d'espoir pour la marque aux anneaux. Stephan Winkelmann, PDG de Lamborghini, vire à Quattro, le département sport d'Audi. S'il y a un individu qui soit assez dynamique et ambitieux pour bouger la marque, c'est bien lui. Espérons qu'il ramènera avec lui la folie lamborghinienne dans le monde des quatre anneaux.
Engouffrons-nous maintenant, dans les profondeurs de l'abîme des poupées russes, là où même le soleil ne peut éclairer un soupçon de sortie de secours : Mercedes. Contrairement à ses concurrents, le géant allemand n'essaye même pas de démentir cette stratégie. Même Porsche n'a pas eu l'idée ingénieuse de vanter le fait que rien n'est neuf à part pour le prix. Mercedes a, au contraire, réussi à tourner cette pratique, de ne produire qu'un seul modèle, en véritable coup marketing. Il peut exister 15 modèles différents, mais ils ne se résument qu'à 4 ou 5 véritables voitures. Ils se sont même donné des noms similaires.
L'argent est désormais roi et dictateur impitoyable, et c'est bien dommage. La créativité en serait la première victime. À ce rythme, les nouvelles voitures auront les yeux perçants de cette villageoise russe, peinte de rouge et bleu, qui n'a pour seul but d'avaler ses semblables, mais il existe encore un espoir d'échapper à ce piège, de rendre la
voiture excitante une fois de plus, et L'Orient-Le Jour croit en les trois géants Mercedes, BMW et Audi.


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