Photo prise le 21 février montrant le tribunal islamique instauré par l’EI incendié par les habitants de la ville de Derna, en Libye. Stringer/AFP
Sacs de sable, blocs de béton, francs-tireurs dans des bâtiments, les hommes armés de Derna se tiennent prêts à défendre la ville libyenne en cas de retour du groupe État islamique (EI).
Fief historique des islamistes radicaux, cette ville située à 1 100 km à l'est de Tripoli est tombée sous la coupe de l'EI en 2014, et une coalition hétéroclite de milices, notamment jihadistes, l'en ont chassé en juillet 2015. Mais depuis, l'EI, qui occupe des positions en périphérie, a lancé plusieurs offensives contre la ville, repoussées par une coalition de milices, le Conseil de la choura des révolutionnaires de Derna, qui contrôle aujourd'hui la ville. Lundi encore, six miliciens du Conseil de la choura ont été tués dans des combats lors d'une nouvelle tentative d'incursion de l'EI dans le sud-est de la ville.
Dans l'est de Derna, les miliciens ont renforcé leurs positions, en érigeant notamment des sacs de sable, et déployé des francs-tireurs dans de hauts bâtiments. Dans l'ouest, un char a pris position en face d'une colline pour guetter tout mouvement suspect des jihadistes.
Des troncs d'arbre et des blocs de béton ont été posés sur plusieurs axes alors que les combattants munis d'armes moyennes et lourdes du Conseil de la choura ont installé des postes de contrôle à plusieurs points de la périphérie de la ville.
« Place du Châtiment »
« Nous avons décidé de nous battre contre le groupe (EI) à cause de ses crimes. Nous le faisons pour Dieu et la patrie », affirme un commandant sur le front est de la ville. « Nous sommes de jeunes Libyens n'appartenant à aucun groupe ou mouvement, nous combattons pour mettre fin à l'injustice », ajoute-t-il. À l'intérieur de la ville, les seules armes visibles sont celles de la police.
Sur la place centrale, baptisée « place du Châtiment », Mohammad el-Mansouri veut oublier les exécutions, les mains coupées et les tortures pratiquées par l'EI. « Sur cette place, Daech (acronyme arabe de l'EI) exécutait ses condamnations. Et de là, il a voulu répandre la terreur pour imposer son pouvoir », raconte-t-il. « Mais nous avons chassé le groupe, dit-il. Ils ne reviendront plus ! » À quelques mètres de là, il ne reste du bâtiment qui faisait office de tribunal islamique que des murs noircis. Il a été incendié après la fuite des jihadistes.
« Volonté de Dieu »
« Le groupe (EI) avait fermé les portes du conseil municipal et nous avait jetés en prison, raconte son chef, Mohammad Estita. Nous coopérons aujourd'hui avec le Conseil de la choura pour sécuriser la ville et assurer les besoins quotidiens des habitants. »
Outre le conseil municipal, les commissariats ont également rouvert. Le Conseil de la choura des révolutionnaires de Derna insiste pour ne pas être associé aux groupes extrémistes, comme Ansar al-charia, connu comme étant proche d'el-Qaëda, présent dans la ville ainsi qu'à Benghazi (Est) et à Sabrata (Ouest).
Outre la lutte contre l'EI, il doit également faire face aux forces du gouvernement reconnu par la communauté internationale, exilé dans l'est du pays après qu'une coalition de milices, Fajr Libya, eut pris le contrôle de la capitale à l'été 2014. Ces forces, dirigées par le général Khalifa Haftar, ont mené des raids aériens sur Derna après avoir tenté de s'en emparer. Le 7 février, une femme, son fils et deux combattants sont morts dans un raid aérien non identifié sur un hôpital de la ville. La Libye, qui est en proie au chaos depuis la chute du colonel Kadhafi en 2011, est confrontée à une montée en puissance de l'EI qui contrôle notamment la ville côtière de Syrte, à 450 km à l'est de Tripoli. À Derna, les habitants veulent croire que l'EI n'est plus qu'un mauvais cauchemar. Sur un des murs de la ville, l'inscription « L'État islamique est là pour rester » a été barrée pour être remplacée par : « Il ne reste plus que la volonté de Dieu ».
(Source : AFP)


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