Un combatant de l’EI, à Mossoul. Photo Reuters
Les jihadistes du groupe État islamique (EI) ont utilisé du gaz moutarde l'été dernier en Irak lors de combats contre les forces kurdes, a déclaré hier un diplomate en citant les conclusions d'une enquête menée par l'OIAC (Organisation pour l'interdiction des armes chimiques).
Une source au sein de l'OIAC a confirmé que les tests en laboratoire s'étaient révélés positifs au gaz moutarde, après que 35 peshmergas (combattants kurdes) furent tombés malades sur le champ de bataille en août dernier.
L'OIAC n'identifiera pas les utilisateurs de l'agent chimique mais le diplomate, qui s'est exprimé sous le couvert de l'anonymat parce que le rapport n'a pas encore été rendu public, a déclaré que l'enquête avait confirmé que les armes chimiques avaient bien été utilisées par l'EI.
En octobre dernier, les autorités du Kurdistan autonome irakien avaient accusé l'EI d'avoir tiré en août des obus de mortier contenant du gaz moutarde sur des positions de combattants kurdes. La trentaine de peshmergas exposés à ces tirs au sud-ouest d'Erbil avaient subi des analyses de sang.
L'OIAC avait aussi conclu à l'automne dernier à l'utilisation de gaz moutarde lors d'affrontements en août 2015 en Syrie entre l'EI et un autre groupe rebelle. Selon un rapport confidentiel daté du 29 octobre, « au moins deux personnes » ont été exposées le 21 août au gaz moutarde dans la ville de Marea, au nord d'Alep. « Il est très probable que cela a conduit au décès d'un bébé », ajoutait l'OIAC.
Armes chimiques fabriquées à Mossoul ?
On ignore d'où provenait ce gaz. Soit des rebelles l'ont récupéré dans un ancien dépôt de l'armée syrienne, soit ils sont en mesure d'en produire, indiquait-on alors de source proche des enquêteurs.
L'organisme international a supervisé en 2013 et 2014 la destruction de l'arsenal chimique syrien après une attaque au gaz sarin qui avait fait des centaines de morts dans la banlieue de Damas en août 2013.
Selon un diplomate, le gaz utilisé en Irak a peut-être été puisé dans les stocks d'armes chimiques qui étaient ceux des troupes syriennes. Cela signifierait que Damas n'a pas divulgué dans sa totalité son programme d'armements chimiques.
En revanche, pour Hamish de Bretton-Gordon, spécialiste de la guerre biologique et chimique, il se peut que les jihadistes de l'EI aient mis au point leur propre arsenal chimique, et qu'ils se préparent à l'utiliser de nouveau.
« Je ne suis pas loin de penser que le gaz moutarde que l'EI utilise en Irak est fabriqué par les jihadistes à Mossoul », a-t-il dit, en faisant allusion à la grande ville sous le contrôle de l'État islamique dans le nord de l'Irak. « Ils ont à disposition tous les éléments, grâce à l'industrie du pétrole, et tous les experts qu'il faut pour les fabriquer », ajoute-t-il.
Cette information intervient quelques jours après que le directeur de la CIA, John Brennan, eut affirmé à la chaîne américaine CBS que l'EI était en mesure de fabriquer des petites quantités de chlorine et de gaz moutarde.
Le gaz moutarde – qui provoque des détresses respiratoires, une cécité momentanée et des cloques très douloureuses – avait été utilisé pour la première fois par les Allemands en Belgique en 1917. Il a été banni par l'Onu en 1993.
(Source : agences)

