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Culture

« Mes personnages sont mes victimes »

À la loupe

Une galerie de portraits grand format signés Riyad Ne'mah est accrochée à Art on 56th*.

27/01/2016

Né en 1968 à Bagdad, Riyad Ne'mah a obtenu son diplôme en beaux-arts avec spécialisation en peinture dans sa ville natale. La naissance de son art coïncidera avec l'émergence de la dictature de Saddam Hussein. Un art teinté donc de douleurs, de questionnements et de déceptions. Plus tard, établi en Syrie et puis au Liban, il transportera ses blessures pour les exprimer en peinture.

Ils vous scrutent...
Riyad Ne'mah aurait pu être caricaturiste car son travail pictural met l'accent plus particulièrement sur les portraits. Mais dans un monde qui ne comprend pas l'humour, la caricature peut être dangereuse. « Anonymes ou amis, ils deviennent petit à petit mes victimes, puisque j'en dispose à ma guise », dit-il. Il y a un véritable choc qui s'effectue entre le réalisme du personnage et les lavis de peinture qui suscitent une métamorphose de la figure. « Je peins ce que je sens, ce que je perçois dans l'autre et non ce que je vois. »
Dans son atelier, où il développe à sa manière la méthode du silk screen sur acrylique, il réalise ces portraits qui vous fixent, vous scrutent mais aussi vous interrogent. « Ils sont les témoins d'une certaine époque. En travaillant, j'ai le souci de l'âge de la toile, précise-t-il. Je voudrais que mon travail soit comme un documentaire. Sera-t-il pérenne? Survivra-t-il au temps ? »

Riyad Ne'mah fait partie de cette génération d'artistes figuratifs contemporains qui traduisent leurs émotions (si contradictoires) sur toile. Mais le peintre est aussi un conteur d'histoires, car derrière chaque œuvre, chaque expression, il existe une histoire qui crée l'étonnement et la surprise. Quelle est donc l'histoire de ce soldat, portant casque et attirail de guerre? Est-il un soldat universel ou l'artiste parle-t-il d'un militaire en particulier ? « Un jour, au cours d'un dîner convivial, j'ai fait la connaissance d'un homme particulièrement charmant et aimable, raconte Riyad Ne'mah. Une belle âme comme on n'en rencontre pas fréquemment. Quelques mois plus tard, j'aperçois par hasard sa photo sur les réseaux sociaux. C'était un soldat. On lui rendait hommage, car il était mort en bataille. » Quelle fut sa surprise ! « L'homme est-il double, multiple ? Connaît-on assez l'autre ? » se demande l'artiste.
Ne'mah a voulu, à travers le portrait du soldat, montrer combien un homme peut en dissimuler un autre. Il désire également expliquer combien les a priori et les préjugés peuvent être faux. Ne pas s'attarder aux apparences, ne pas juger quelqu'un, tels sont les messages qui transparaissent à travers l'image du soldat, déconstruite, métamorphosée et comme « lavée » par la peinture qui lui coule sur le visage. Celle-ci devient un symbole de renaissance.

*Art on 56th, Gemmayzé, jusqu'au 30 janvier. Tél. : 01/570331.

 

Pour mémoire
Les murs mnémoniques de Riyad Ne'mah

 

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