Nicolas Devort se livre à une performance époustouflante. Alternant allure, caractères et voix, il réussit à séduire en 75 minutes le public enthousiaste.
«Qu'est-ce qu'une histoire?... Croire à une histoire, c'est faire une pause de soi et laisser la place à d'autres personnages. Et quand celle-ci se termine, c'est notre propre histoire qu'il faut recommencer à écrire.»
Tels sont des extraits de l'épilogue et du prologue de la performance théâtrale intitulée Dans la peau de Cyrano, écrite et interprétée par Nicolas Devort et présentée grâce à Persona Productions au théâtre Monnot.
Monologue? Bien sûr que non. Car si le comédien est seul sur les planches, les personnages, par contre, y sont nombreux. Personnifiant à la fois le maître d'école, la psychologue, Benoît le benêt, Maxence l'introverti, Guy le cool et Adélaïde, la fille dont est amoureux Colin, âgé de douze ans, le personnage principal de la pièce, Nicolas Devort, livre une performance époustouflante. Alternant allure, caractères et voix, il réussit à séduire en 75 minutes un public enthousiaste.
Son texte poétique et sensible émeut, fait rire, mais fait aussi pleurer. Il parle de l'enfance et de ses blessures, des différences que certains jeunes ou adultes ne comprennent pas et moquent. Il parle également des histoires qui commencent, comme il le dit si bien, sur scène, mais se terminent en réalité dans les foyers. Mais plus que tout, et au-delà du sujet qui est un véritable prétexte, Nicolas Devort rend hommage au théâtre. «Allez, allez au théâtre», lancera-t-il à la fin de la pièce. Et on peut ajouter: plongez-vous dans ces textes de la littérature française; découvrez-les à nouveau. «Ces textes sont une véritable thérapie», semble-t-il dire. Une thérapie pour le corps, certes, mais aussi pour l'esprit. En superposant l'aventure de Cyrano – qui a su se faire aimer malgré sa laideur, simplement par ses mots, véritable miroir de l'âme – à celle de Colin, complexé par son bégaiement, Nicolas Devort met l'accent sur l'importance du théâtre.
Cocréateur de la Cie qui va Piano en 2005, l'artiste a coécrit, mis en scène et interprété Molière dans tous ses éclats, spectacle toujours interprété en France depuis 2006. Par ailleurs, sa participation aux Tournées Larousse (intervention dans les collèges pour jouer des extraits de pièces de Molière et initier les élèves aux pratiques théâtrales) l'amène à créer un atelier de recherche théâtrale qu'il dirige pendant trois ans. C'est cet amour pour le théâtre et ce désir de transmission qui transparaissent à travers ce spectacle familial, dans lequel le public jeune adolescent se retrouvera, avec plaisir.
*Dans la peau de Cyrano, au théâtre Monnot, ce soir et mercredi 27 janvier à 20h30.
Pour mémoire
« On a tous un petit Colin au fond de soi »


L'article est terriblement ennuyeux pour une pièce remarquable ou l'acteur est exceptionnel dans ses nombreux rôles avec un texte subtile et drôle. Un moment intense d'émotion et de rires. Ce n'est pas fréquent.
05 h 55, le 25 janvier 2016