Les réseaux de passeurs sont légion aux abords de la Jungle de Calais, un immense bidonville où près de 4 000 migrants patientent dans l’espoir de traverser la Manche. Philippe Huguen/AFP
Passer de France en Grande-Bretagne peut revenir très cher aux réfugiés, mais il existe une option à prix bradés au risque de se retrouver à l'autre bout de l'Europe.
Un réseau de passeurs low cost, à 500 euros le voyage, opère depuis une aire d'autoroute près du port de Calais dans le nord de la France, selon des témoins. « Les personnes qui le dirigent savent quels sont les camions dont le conducteur s'est éloigné ou est en train de dormir, et ils peuvent vous faire entrer dedans », explique Adam Mohammad, un Ghanéen âgé de 30 ans. Petit problème : « Ils ne connaissent pas les destinations. Ils cherchent des plaques d'immatriculation britanniques, mais vous prenez toujours un risque. » Certains se sont donc retrouvés dans des poids-lourds allant en Allemagne ou en Belgique, plutôt que vers l'eldorado britannique. Trois jeunes hommes et deux femmes sont même revenus à Calais en racontant qu'ils s'étaient réveillés dans une base militaire française.
Les réseaux de passeurs sont légion aux abords de la Jungle de Calais, un immense bidonville où près de 4 000 migrants patientent dans l'espoir de traverser la Manche. Vingt-huit filières ont été démantelées dans la région en 2015. Les tarifs sont modulés selon les réseaux et selon la prestation proposée. Ainsi, l'offre la plus chère garantit le passage en Grande-Bretagne indépendamment du nombre de tentatives : le « client » voyage alors souvent en cabine, avec la complicité du chauffeur. Selon un bénévole de la Jungle, qui souhaite conserver l'anonymat, la semaine dernière, un Syrien a payé 11 500 euros, le double du prix habituel, pour rejoindre Londres.
La Grande-Bretagne a contribué à hauteur de millions d'euros à renforcer la sécurité autour du port et du tunnel sous la Manche, mais certains parviennent encore à traverser.
La méthode low-cost serait, selon certains, contrôlée par des Afghans, qui offrent aux migrants une deuxième chance si leur camion ne va pas en Grande-Bretagne. Beaucoup sont interceptés par la police. Quelques-uns sont incarcérés avant d'être relâchés. « J'ai passé une semaine en détention, et ils m'ont envoyé devant un tribunal », raconte Solomon Vandy (25 ans), originaire de Sierra Leone. « C'était horrible (...), je ne comprenais pas ce qui se passait. » Sitôt libéré, il est revenu au camp, prêt à tenter à nouveau sa chance. « Les gens n'abandonnent jamais. Ils se battent pour leurs vies », explique un médecin bénévole présent dans la Jungle.
Pour certains militants, l'existence du camp et des réseaux de passeurs est le résultat inévitable de la politique de Londres. « Le gouvernement britannique ne fait absolument rien pour répondre aux demandes de la France et des réfugiés, de permettre aux gens de faire leur demande d'asile d'ici (dans la Jungle). Les gens ne peuvent demander l'asile que s'ils traversent illégalement », explique Tom Radcliffe, un bénévole britannique travaillant dans le camp, ajoutant : « Il y a des gens, ici, qui ont des raisons parfaitement légitimes de faire une demande d'asile, mais ils sont obligés de commettre un acte illégal avant de pouvoir être entendus. »
Éric RANDOLPH/AFP

