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Le Liban en 2015

« Les marges commerciales n’ont jamais été aussi basses »

Economie

Pour le président de l'Association des commerçants de Beyrouth (ACB), Nicolas Chammas, le secteur a notamment pâti de la déflation et de la baisse du pouvoir d'achat des consommateurs.

05/01/2016

Quel bilan tirez-vous de l'année 2015 pour les commerçants ? Quelles sont les activités qui s'en sont le mieux sorties cette année ?
2015 a été une année perdue pour l'économie libanaise : aggravation du déficit de la balance des paiements, baisse de la consommation. Quant à la croissance, la Banque du Liban (BDL) estime qu'elle avoisinera les 0 % cette année, bien qu'elle ait injecté près de 4 milliards de dollars dans l'économie libanaise (NDLR : à travers ses différents plans de relance mis en œuvre depuis 2013).
Le contexte général a donc été défavorable à toute activité économique, en particulier le secteur commercial. L'indice ACB-Fransabank qui mesure l'activité commerciale de détail a baissé de 1,59 % en glissement annuel au troisième trimestre. Et cette baisse a largement été amoindrie par l'évolution des prix, qui, selon l'Administration centrale de la statistique (ACS), ont baissé de 4,7 % sur cette période. Nous nous installons dans la déflation, et personne ne bouge. C'est dangereux, car les gens prennent l'habitude de repousser leurs achats dans les secteurs de biens durables, comme les voitures, le mobilier, l'électronique...
D'un autre côté, les ventes de produits de consommation courante, c'est-à-dire l'habillement et l'alimentaire, ont un bilan légèrement positif, grâce à la demande syrienne et la baisse du prix du pétrole. Cette dernière a donné une bouffée d'oxygène au pouvoir d'achat des familles libanaises, qui a néanmoins baissé de 5 % par rapport à l'année dernière. Le secteur du luxe, quant à lui, stagne.
Cependant, le phénomène le plus inquiétant dans notre secteur est l'assèchement des liquidités dans l'activité de détail. Alors que les commerçants font des efforts sur les prix, les marges commerciales n'ont jamais été aussi basses.

Vous avez souvent pointé du doigt ce problème de trésorerie. Comment y remédier ?
C'est un cercle vicieux car les détaillants se trouvent obligés d'accorder des facilités de paiement à leurs clients, donc s'endettent, ce qui force les commerçants de gros à devenir des minibanquiers. Et encore plus en amont, les fournisseurs subissent de plein fouet les retards et les défauts de paiement, ce qui veut dire que le secteur commercial est aujourd'hui le plus grand débiteur du secteur bancaire, avec une dette qui dépasse les 12 milliards de dollars. Il y a également les dettes invisibles dans la chaîne commerciale, qui n'apparaissent pas dans le bilan des banques, mais que j'estimerai à 5 milliards de dollars, le double d'il y a 2 ans. Ces dettes maintiennent le secteur entier sous pression. Et le retard des encaissements crée un problème de trésorerie pour les commerçants et une tension avec les banques.
En conséquence, nous avons demandé l'année dernière un assouplissement de la part de la BDL vis-à-vis des créances commerciales, et nous en ressentons les effets cette année. Par exemple, les banques consentent à repousser les échéances ou avoir une certaine souplesse sur les garanties. Mais ce n'est qu'un soulagement temporaire face à la souffrance financière des commerçants. Ce qu'il nous faut vraiment, c'est de la croissance, car ceux-ci ne peuvent pas aller au-delà des efforts qu'ils ont déjà fournis.

Vous avez régulièrement dénoncé l'impact des manifestations sur le commerce au centre-ville et votre expression « Souk abou rakhoussa » a fait polémique. Au-delà de celle-ci, ne pensez-vous pas qu'il faudrait davantage diversifier les activités commerciales au centre-ville ?
Je ne souhaite pas revenir sur cette polémique, mais je veux souligner que mon vœu le plus cher en tant que président de l'ACB, c'est le retour de l'activité commerciale dans le centre-ville telle qu'elle était avant la guerre civile, lorsqu'il comptait 15 000 boutiques et non 150.
Mais le centre-ville a traversé plusieurs épreuves qui l'ont fragilisé, telles que le sit-in de 2006, et ensuite les mesures de sécurité drastiques autour des bâtiments officiels. Une sorte de sélection naturelle s'est donc faite : les commerçants les plus fragiles sont partis, et il n'est resté que le secteur du luxe.
Pour que le centre-ville redevienne un lieu de rencontre et de loisir pour tous les Libanais, il faudrait que la situation économique se normalise et que les responsables du centre-ville fassent les efforts nécessaires pour le réactiver, en baissant le prix des loyers par exemple.

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