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Le Liban en 2015

Fadi Gemayel : Les industriels ont su faire le dos rond

Economie

Le président de l'Association des industriels (AIL), Fadi Gemayel, revient sur les difficultés qu'ont dû affronter les industriels libanais en 2015 et appelle les pouvoirs publics à placer l'industrie au cœur des stratégies de développement économique du pays.

05/01/2016

Quels ont été les événements qui ont le plus affecté l'industrie locale au courant de l'année ?
L'année a été particulièrement mouvementée pour des industriels libanais déjà préoccupés par les retombées du scandale de la sécurité sanitaire des aliments qui a éclaté en novembre 2014.
Il y a d'abord eu la décision prise en février par la direction des douanes d'étendre les procédures de contrôle renforcé (NDLR : le « circuit rouge ») à toutes les marchandises transitant par le port de Beyrouth. La mise en place de cette mesure de lutte contre la corruption a provoqué des retards dans les opérations de dédouanement pouvant aller jusqu'à plusieurs semaines, affectant par ricochet les flux d'approvisionnement de nombreuses industries locales. Il a fallu attendre le printemps pour que le dispositif soit aménagé pour limiter les retards.
Le secteur a ensuite dû composer depuis avril avec le blocage des voies d'exportation terrestres vers les pays du Golfe provoqué par la fermeture du poste frontière syro-jordanien de Nassib. Comme les agriculteurs, les industriels ont alors été obligés de se tourner vers le transport maritime, plus lent et plus onéreux.
La crise des déchets qui a éclaté en juillet a également provoqué d'importantes difficultés concernant l'approvisionnement des industries investies dans le recyclage, notamment les usines spécialisées dans la confection d'emballage et dans le conditionnement.

Quel a été l'impact de ces difficultés sur les performances du secteur en 2015 ?
Le secteur a toutefois réussi à limiter les dégâts. Selon le ministère de l'Industrie, les exportations industrielles n'ont en effet reculé que de 3 % au premier semestre pour s'établir à 1,54 milliard de dollars (NDLR : les chiffres du second semestre seront publiés début 2016). La mise en place en septembre par l'Autorité de développement des investissements (Idal) d'un programme de subventions de 14 millions de dollars pour soutenir les exportations maritimes devrait également contribuer à amortir la baisse des exportations sur l'ensemble de l'année.
Ce bilan relativement honorable s'explique principalement par la capacité des industriels libanais à faire le dos rond en période de crise et à anticiper les coups durs, comme le blocage temporaire des routes terrestres. Mais la fermeture de la frontière syro-jordanienne a également incité les clients étrangers à limiter leurs commandes, entraînant une hausse des stocks et des crises de liquidités certains industriels libanais, en particulier dans le textile.


Comment donner les moyens à l'industrie libanaise de reprendre son souffle en 2016 ?
Aussi résistants qu'ils puissent être, les industriels ne disposent pas de ressources illimitées et ont besoin d'être soutenus. Il faudrait que l'État collabore avec les acteurs du secteur pour définir une stratégie économique axée sur le développement industriel. Cela implique par exemple la mise en place d'une feuille de route pour diminuer à terme la facture énergétique dans l'industrie, bloquée à 30 % du prix de vente en moyenne malgré la baisse des cours du pétrole.
Il me paraît également nécessaire d'aménager les dispositifs de contrôle de la sécurité sanitaire des aliments de façon que les industriels de l'agroalimentaire qui respectent scrupuleusement la règlementation en la matière ne soient pas pénalisés par ceux qui commettent des infractions dans ce domaine. Il faut enfin orienter et promouvoir des filières d'enseignement technique afin qu'elles puissent permettre à des Libanais d'acquérir les compétences recherchées dans l'industrie du pays.
Au niveau du commerce extérieur, il faut renforcer la présence des produits libanais en Afrique et consolider nos positions en Irak ainsi que dans les pays du Golfe et ouvrir de nouveaux marchés en Europe, en Russie ou encore en Iran.

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