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Moyen Orient et Monde - Reportage

« La France n’aime pas la Corse ! »

Sur « l'île de Beauté », le choix nationaliste pour en finir avec le « mépris » et le « racisme » de Paris.

Le 13 décembre, des Corses célébraient les résultats du second tour des régionales dans « l’île de Beauté ». Le scrutin a porté les nationalistes à la tête de la Corse. Pascal Pochard-Casabianca/AFP

Ardents défenseurs de leur langue, excédés par le « racisme » de Paris, les électeurs en Corse ont pris de court le pouvoir central en portant pour la première fois un tandem nationaliste à la tête de cette île française de la Méditerranée. L'autonomiste Gilles Simeoni, âgé de 48 ans, déjà maire de Bastia depuis 2014, a été élu président du Conseil exécutif, sorte de minigouvernement de cette île de près de 320 000 habitants, proche des côtes italiennes ; l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni, âgé de 55 ans, s'installe lui à la présidence de l'Assemblée régionale.
« La France n'aime pas la Corse ! On en a marre d'être dirigés par des gens qui sont racistes pour les subventions, les décisions de justice, même au foot ! Quand des Corses jouent, l'arbitrage n'est pas équitable », s'insurge Karine Pellegrini (35 ans) à Bastia, capitale économique et deuxième ville dans le nord de « l'île de Beauté », derrière Ajaccio située au sud. Cette fonctionnaire à la mairie a voté « natio » parce « qu'on est fiers, on n'est pas comme les autres (Français) : nous, on est solidaires, on est famille », résume la jeune femme qui attend des mesures identitaires du nouveau tandem qui vient de prendre ses fonctions après le scrutin régional du 13 décembre : le transfert des détenus incarcérés en métropole et la création d'une carte d'identité corse.
Il faut que « l'argent entre en Corse » et qu'il y ait un « vrai développement économique » pour cette île qui dépend surtout du tourisme, souligne Damiana Murgia (38 ans) sur la place Saint-Nicolas, principal lieu de rencontre à Bastia. Elle dénonce en particulier des aides de l'État aux Antilles françaises supérieures à celles versées pour les Corses. « Moi, je veux défendre ma langue, apprise avec mon grand-père. On a des traditions, un savoir-faire agricole. La Corse est à part, c'est différent de la France », abonde à une terrasse de café Antoine Caitucoli (20 ans), étudiant à l'université de Corte. Comme d'autres, il témoigne d'être « nustrale », à savoir ancré dans sa terre.
Selon André Fazi, politologue à l'université de Corse, « la victoire des nationalistes doit beaucoup aux faiblesses de la gauche et de la droite », un schéma qui a permis, en métropole, au parti d'extrême droite Front national d'enregistrer un record de voix. La cessation de la violence clandestine et la personnalité de Gilles Simeoni, un avocat, en tête des personnalités politiques préférées sur l'île, expliquent aussi l'ampleur du succès nationaliste, analyse M. Fazi.

Désarmante révolution
Berceau de Napoléon Bonaparte, « l'île de Beauté », connue pour ses paysages paradisiaques, a longtemps été secouée par des actions nationalistes violentes, du plastiquage de bâtiments publics à l'assassinat en 1998 du principal représentant de l'État français sur place, le préfet Claude Erignac. Mais en juin 2014, le Front de libération national de la Corse (FLNC) a déposé les armes.
« Génération nationaliste, la désarmante révolution », titrait lundi le quotidien Corse-matin. En référence au clientélisme notoire ayant parfois défrayé la chronique judiciaire, le journal cite la volonté de Gilles Simeoni « d'impulser de la transparence, de l'équité dans tous les actes de la vie publique ».
Au plus haut sommet de l'État, le succès historique des nationalistes, bête noire de tous les précédents gouvernements, est pourtant presque passé sous silence au soir des résultats. L'exécutif socialiste comme l'opposition de droite se sont focalisés lors du scrutin régional sur les moyens de faire barrage au Front national, finalement privé de région. Le discours inaugural, jeudi dernier, de Jean-Guy Talamoni, entièrement prononcé en langue corse, a brutalement réveillé la classe politique inquiète d'un éclatement de l'unité nationale. À droite, l'ex-Premier ministre Alain Juppé a souligné que « la langue de la République est le français », tandis que Florian Philippot, vice-président du FN, appelait le président François Hollande à « siffler la fin de la récréation ».
Le gouvernement s'est pour l'heure borné à réaffirmer la place de l'île dans la République, se disant cependant ouvert à un dialogue « constructif et apaisé » avec les nouveaux élus de la seule région française à avoir maintenu le FN sous la barre des 10 %. « Le FN a joué sur la peur des Français après les attentats du 13-Novembre. Ici, les "natios" ont joué sur le besoin des Corses de se sentir chez eux, en sécurité, comme on l'a toujours été », explique Sylvie Antoniotti, une Bastiaise de 42 ans, qui précise n'avoir pas voté pour le mouvement nationaliste.
Béatrice LE BOHEC/AFP

Ardents défenseurs de leur langue, excédés par le « racisme » de Paris, les électeurs en Corse ont pris de court le pouvoir central en portant pour la première fois un tandem nationaliste à la tête de cette île française de la Méditerranée. L'autonomiste Gilles Simeoni, âgé de 48 ans, déjà maire de Bastia depuis 2014, a été élu président du Conseil exécutif, sorte de minigouvernement de cette île de près de 320 000 habitants, proche des côtes italiennes ; l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni, âgé de 55 ans, s'installe lui à la présidence de l'Assemblée régionale.« La France n'aime pas la Corse ! On en a marre d'être dirigés par des gens qui sont racistes pour les subventions, les décisions de justice, même au foot ! Quand des Corses jouent, l'arbitrage n'est pas équitable », s'insurge Karine...
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