Le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, s'est rendu hier à Tyr (Liban-Sud) en messager d'un islam de modération et d'unité, à l'opposé de l'islam intolérant et violent, incarné par les groupes qui sévissent en ce moment en Syrie et en Irak, ainsi que dans certains pays d'Afrique et d'Occident.
Le chef religieux officiel de la communauté sunnite au Liban y a inauguré une mosquée au nom de l'imam Ahmad Rifaï, ainsi que le siège local de Dar el-Fatwa, l'instance officielle habilitée à émettre des décrets religieux, ainsi qu'à gérer les biens wakfs de la communauté sunnite au Liban. Ce déplacement, qui a revêtu un cachet à la fois officiel et populaire, religieux et national, est une première.
« Je ne suis pas à Tyr pour rendre visite aux seuls sunnites, mais pour rendre visite à tous les habitants de cette ville, quelle que soit la communauté à laquelle ils appartiennent, tous ceux qui vivent selon le mode de vie privilégié qui est celui de la ville, dans une culture de respect de la pluralité religieuse, une culture de vivre-ensemble reposant sur des assises solides, dans le respect de la liberté et de l'amour, et dans le respect mutuel qui ont donné son identité à cette ville. »
C'est avec ces mots et d'autres de la même veine que le mufti de la République s'est adressé aux personnes qui l'ont accueilli, avec beaucoup de chaleur, au cours d'une cérémonie qui s'est tenue dans le grand salon du siège local de Dar el-Fatwa et à laquelle ont assisté notamment le député Ali Khreiss, représentant le président de la Chambre, le coordinateur du bloc du Futur au Liban-Sud, Nasser Hammoud, ainsi que le mufti de Tyr, le cheikh Medrar Habbal, qui devait ultérieurement conduire la prière du vendredi dans la nouvelle mosquée.
Unité dans la diversité
Précisant sa pensée, le mufti Deriane a affirmé, à l'adresse des fidèles présents, que « tous les musulmans sont frères malgré la diversité des interprétations du Coran » entre sunnites et chiites. Cette différence, a-t-il ajouté, « fait honneur à la liberté du croyant (...) dans le respect absolu des constantes de la foi ».
Cette façon de voir et de penser « est exposée de nos jours à de graves atteintes, au nom même de l'islam, nous forçant à élever haut la voix pour dénoncer ces atteintes qui nuisent à l'islam », a enchaîné le mufti (...). « La pluralité des interprétations ne nous interdit pas de prier ensemble, sous le même toit, comme nous le faisons durant le pèlerinage de La Mecque (...). Du reste, nous prions ensemble partout, ici à Tyr comme à Beyrouth, Tripoli, Nabatiyeh, Baalbeck ou Saïda ».
« Il nous faut faire front commun face à l'extrémisme et extirper les tumeurs malignes que sont l'incitation à l'exclusion et l'anathème, l'exercice du terrorisme qui contredit nos principes et nos valeurs, ainsi que notre enseignement religieux », a-t-il ajouté.
« Dar el-Fatwa est la maison de tous les Libanais, tout comme le sont le Conseil supérieur chiite, Bkerké ou la Maison druze, et d'autres sièges officiels de nos communautés, ces communautés qui forment la grande famille libanaise », a conclu le mufti Deriane.
En route pour Tyr, le mufti de la République avait fait un arrêt à Majdelyoun (Saïda), où il a été l'hôte de Bahia Hariri et d'une foule d'officiels et de fidèles venus lui souhaiter la bienvenue au Liban-Sud.

