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Liban - Commémoration

Fabius salue « l’engagement citoyen, l’humanisme et le courage » de Denis Pietton

L'Institut français initiera dès 2016 la bourse portant le nom de l'ancien ambassadeur.

Denis Pietton.

Une messe a été célébrée hier dans la matinée à Paris à l'intention de l'ancien ambassadeur de France au Liban, Denis Pietton, décédé la semaine dernière des suites d'une longue maladie.
L'office divin a eu lieu à la basilique Sainte-Clotilde dans le VIIe arrondissement, en présence de la famille de l'ancien diplomate et de figures politiques et diplomatiques françaises, notamment les ministres des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, l'ancien chef de la diplomatie Hubert Védrine, et l'ex-ministre du Travail Xavier Darcos, ainsi que l'ancien ambassadeur de France à Beyrouth Patrice Paoli. La messe, qui a duré une heure et demie, a été marquée par les témoignages des membres de la famille, notamment Najwa, son épouse libanaise, et ses enfants, mais aussi par les allocutions de Laurent Fabius et d'Anne Tallineau, directrice générale de l'Institut français.


« Denis Pietton, c'était d'abord une silhouette, un port de sénateur romain, un beau visage, un regard, une voix, calme, chaude, à l'accent un peu chantant, qui disait sa gentillesse et son humanité. C'était l'odeur rassurante de la pipe qui flottait dans son bureau du Quai d'Orsay et qui l'accompagnait partout »: tel est le portrait que Laurent Fabius a dressé de Denis Pietton, avant de saluer son « engagement citoyen, animé par la tolérance et la justice et son humanisme ». « Malgré les drames personnels qu'il a connus – et chacun pense, dans ces lieux mêmes où il l'avait accompagnée à l'hiver 2010, à son épouse Marla, disparue tragiquement –, son optimisme le portait à croire que l'on pouvait toujours obtenir de chacun le meilleur. Et il l'obtenait », a-t-il dit.

 

« Une transition politique en Syrie »
M. Fabius s'est longuement étendu sur les caractéristiques personnelles de l'ancien ambassadeur au Liban, rappelant les principales étapes de sa carrière de diplomate. « Nous étions – déjà – dans la crise syrienne et avec lui, nous avions défini ce qui demeure la boussole de notre politique dans cette région : nous ne mettrons fin au chaos syrien que par une transition politique. Nous étions – déjà, encore – dans le conflit israélo-palestinien et, avec lui qui avait vécu, depuis Jérusalem, la seconde intifada, nous avions tenté d'aider à la résolution de la crise de novembre 2012. Nous avions acquis la conviction – et elle est toujours présente – que sans un changement de méthode dans ce qu'on appelle le "processus de paix" alors qu'il n'y a, à dire vrai, ni processus ni paix, la succession des crises ne pourrait que conduire, à terme, à un embrasement généralisé », a rappelé le ministre qui, pour conclure, a rendu hommage au « courage » de Denis Pietton : « Courage face à la maladie. Courage physique tranquille par exemple lorsque, pour protéger nos compatriotes, il alla personnellement les chercher dans les territoires palestiniens aux moments les plus difficiles de la seconde intifada. Courage moral, au sens du grand Jaurès. »

 

La bourse Denis-Pietton
Mme Tallineau a, elle aussi, rendu un vibrant hommage à Denis Pietton, qui dirigeait avec elle l'Institut français. « Il avait exercé les fonctions les plus prestigieuses au Quai d'Orsay. Il se réjouissait maintenant d'apprendre un nouveau métier à la tête de l'Institut français. Cette nouvelle mission s'inscrivait dans la continuité de l'ouverture au monde auquel il avait consacré sa vie professionnelle et que ses affinités électives reflétaient », a-t-elle relevé en soulignant que « son monde était le monde arabe, dont il possédait la langue et admirait la culture. Mais aussi l'Afrique où il avait également vécu dans sa jeunesse ». Elle a décrit avec des mots qui vont droit au cœur l'homme et non pas le diplomate, avant d'annoncer qu'en « hommage à ses convictions humanistes, l'Institut français initiera dès 2016 la bourse Denis-Pietton qui récompensera annuellement l'engagement d'un jeune acteur de la société civile du monde arabe repéré dans le cadre du programme SafirLab, ouvert aux personnalités d'avenir de neuf pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient ».
« Lorsque j'ai annoncé au personnel de l'Institut français la nomination de Denis Pietton, a annoncé Mme Tallineau, les circonstances étaient délicates. Dès qu'il a rencontré le personnel de l'Institut français, ils ont été conquis par sa bienveillance, sa finesse, sa connaissance du monde et des hommes et des femmes, acteurs de notre vie diplomatique et culturelle. »
Mme Tallineau a salué un homme « attentif, simple et direct dont la porte était toujours ouverte à tous », en insistant sur le fait qu'il avait « le sens du devoir et du bien public ». « Lorsqu'il a appris la nature de son mal, peu de temps après sa nomination, Denis n'a jamais songé à s'arrêter de travailler. Il était d'ailleurs préoccupé par le fait qu'on puisse imaginer qu'il avait accepté la présidence de l'Institut français se sachant atteint de ce mal, ce qui n'était pas le cas », a-t-elle poursuivi.
« Ces derniers jours, j'allais le voir dans la chambre 302 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, il était à bout de forces. Il tenait néanmoins à ce que je lui amène les documents qu'il devait signer, soucieux de ne pas entraver la bonne marche de l'établissement. Il continuait de poser des questions sur ceux et celles qui les avaient préparés », a raconté Mme Tallineau, avant de poursuivre : « Lors de ma dernière visite, il s'est d'abord enquis de la bonne marche de l'institut, me demandant également si la charge n'était pas trop lourde dans ce contexte si difficile, mais il désirait aussi parler de sa famille, de ses enfants et de Najwa, son épouse dont il souhaitait que l'avenir soit garanti. »
« À la veille de ce "voyage sans retour", comme il l'a appelé lui-même, son altruisme et son courage étaient le reflet de son âme. C'est pour moi, pour nous tous, une leçon de vie, de capacité à faire face à son destin. Une leçon de dignité face à l'injustice de la mort qui l'a frappé si jeune encore », a-t-elle conclu.

 

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