Francesca Chaouqui, hier, à son arrivée au Vatican. Filippo Monteforte/AFP
Les avocats des accusés au procès « VatiLeaks 2 » sur les fuites de documents du Vatican ont obtenu hier que soient entendus le numéro deux du Saint-Siège et d'autres prélats proches du pape, lors d'une nouvelle audience procédurale.
En dépit de ce qui avait été annoncé, deux des cinq accusés à ce procès, le prélat espagnol Lucio Angel Vallejo Balda et la consultante italienne Francesca Chaouqui, n'ont finalement pas été interrogés lors de cette audience qui a pris fin en milieu de journée.
Selon le groupe de journalistes autorisés à assister à cette audience, le petit tribunal a accepté la requête de l'avocat de Mme Chaouqui de faire auditionner les cardinaux Pietro Parolin, secrétaire d'État et numéro deux du Saint-Siège, et Santos Abril y Castello, archiprêtre de la basilique Sainte-Marie Majeure, deux personnalités proches de François. De même, sera entendu le responsable des œuvres de charité du pape, l'archevêque polonais Mgr Konrad Krajewski. Mme Chaouqui, consultante en communication au look sexy contrastant avec celui plus austère du Vatican, espère obtenir de ces témoignages la preuve qu'elle a entretenu un rapport de travail honnête avec Mgr Vallejo Balda.
Pour ce dernier, en revanche, Mme Chaouqui est une dangereuse manipulatrice qui l'a séduit et contraint à divulguer ces documents confidentiels. « Je n'ai jamais agi contre le Saint-Père et je ne le ferai jamais », a assuré hier la jeune femme aux journalistes à son entrée au Vatican, alors que sa personnalité et son rôle – victime ou redoutable manipulatrice – sont au cœur de l'affaire.
Pour cette troisième session du procès ouvert le 24 novembre, les cinq accusés étaient là : Mgr Vallejo Balda, seul détenu au Vatican, Mme Chaouqui, Nicola Maio, collaborateur du prélat espagnol, et les journalistes italiens Gianluigi Nuzzi et Emiliano Fittipaldi, auteurs des livres Chemin de croix et Avarizia (avarice). Tous risquent entre quatre et huit ans de prison.
Mgr Vallejo Balda et Mme Chaouqui ont tous deux été membres de l'ex-commission d'experts Cosea chargée par le pape François de faire des propositions de réformes sur les finances et l'économie du Vatican. Pour rappel, ils comparaissent pour avoir livré des documents confidentiels émanant de cette commission aux journalistes Nuzzi et Fittipaldi. Des documents qui révèlent la persistance de dysfonctionnements et de malversations dans le Vatican d'aujourd'hui, en dépit de la volonté de réforme du pape argentin.
« Réfugiée politique ! »
Le tribunal a obtenu l'acquisition des échanges de mails ou de conversations via des sites Internet. La défense de Mme Chaouqui a tenté en vain de faire valoir que le délit qui lui est reproché – la divulgation de documents confidentiels – a été perpétré en territoire italien, donc hors de la compétence de la justice vaticane. Et elle a demandé en pure perte que Mme Chaouqui puisse être jugée en Italie comme « réfugiée politique ». « Mme Chaouqui a été dépeinte comme un monstre, alors qu'elle accomplit tant d'œuvres de charité », a dit un de ses avocats.
La défense de Mgr Balda a obtenu qu'une expertise psychiatrique, effectuée avant ce procès et censée révéler sa faiblesse psychique, et donc sa propension à être influencé, soit examinée par le tribunal.
Lors d'une suspension des travaux, Mme Chaouqui s'est adressée aimablement aux deux journalistes, mais n'a pas adressé la parole à Mgr Balda. Gianluigi Nuzzi a discuté de manière détendue avec le prélat espagnol.
Le tribunal va devoir examiner à huis clos les nouveaux documents portés à sa connaissance à l'aide d'experts, avant d'être convoqué à nouveau en séance publique en début d'année prochaine.
(Source : AFP)

