Le « non » de Hambourg à une candidature pour les JO 2024 reflète, selon des experts, les craintes – notamment financières – qu'engendre un tel événement, ainsi que la défiance vis-à-vis de sports marqués par le dopage ou la corruption. Il révèle également un problème de communication sur l'apport des Jeux olympiques.
Ce n'est certes pas la première fois qu'une ville renonce à la suite d'une consultation populaire, comme Oslo ou Stockholm pour les JO 2022 ou Boston pour 2024. Dimanche dernier, les habitants de Hambourg et de Kiel – où devaient se dérouler les épreuves de voile – ont dit « non » à 51,6 % des suffrages, à l'issue d'un large référendum qui a recueilli 650 000 votes. L'Allemagne, qui n'a plus accueilli les JO depuis 1972 à Munich et avait échoué avec Berlin (2000) et Leipzig (2012), devra donc encore attendre.
Il ne reste plus que quatre villes en lice pour accueillir les JO 2024 : Budapest, Los Angeles, Paris et Rome. L'heureuse élue sera désignée à l'été 2017 à Lima, au Pérou.
Pour le porte-parole de Thomas Bach, le président allemand du Comité international olympique (CIO), « c'est une grande opportunité qui est perdue à la fois pour la ville, le pays et le sport allemand ». Confirmation de Cornel Marculescu, directeur général de la Fédération internationale de natation (Fina) : « Le peuple de Hambourg n'a pas compris l'intérêt des JO. Même si l'organisation génère des coûts élevés, le bénéfice est incomparable. Il suffit de regarder Londres, Barcelone ou même Pékin pour constater l'énorme héritage des jeux, notamment sur le plan des infrastructures. »
Pour de nombreux experts, c'est la conjonction de plusieurs facteurs qui explique le renoncement allemand. « Les scandales de corruption à la Fifa et de dopage dans l'athlétisme, le souvenir des coûts élevés des JO de Sotchi, les récentes attaques terroristes à Paris... tout cela a contribué à créer un sentiment négatif », estime Patrick Nally, l'un des pontifes du marketing sportif, notamment auprès du CIO. « Ce n'est pas un échec pour le CIO, ajoute-t-il. Mais cela reflète les craintes actuelles du grand public face aux risques générés par l'organisation de très grands événements. » « Le scandale autour de Beckenbauer et des conditions d'obtention de la Coupe du monde de football 2006 comme l'affaire Volkswagen (moteurs diesel truqués pour paraître moins polluants) ont créé de la suspicion et refroidi les Allemands », ajoute un autre consultant international. Globalement, juge encore M. Nally, « le sentiment général n'est pas à l'optimisme en Europe et tout référendum olympique recevrait probablement aujourd'hui une réponse négative ».
Rome, Paris et Budapest
S'il est moins aisé d'organiser une telle consultation populaire en France ou en Italie, Rome avance en revanche que, selon un sondage réalisé en juillet dernier, 72 % des Romains sont favorables à l'organisation des JO 2024 dans leur ville. « Nous travaillons de façon très étroite avec toutes les municipalités voisines et tous les responsables pour faire comprendre l'intérêt des jeux », explique une source proche du comité d'organisation italien. Pour bien montrer cette implication, le Premier ministre italien Matteo Renzi rencontrera de nouveau le président Bach, le 21 janvier prochain, à Lausanne au siège du CIO.
Du côté français, le « non » de Hambourg ne va en rien changer la stratégie de Paris 2024, qui dit préférer une forme élargie de débat public au référendum jugé plus « simpliste », mais pourtant réclamé par les opposants au projet. Et à Budapest, la ville a voté hier contre l'organisation d'un référendum. La proposition soumise par l'opposition municipale a été rejetée par 16 voix, contre 14 voix en faveur de la consultation. Selon différents sondages, une petite majorité des habitants de Budapest est favorable à l'organisation des JO dans leur cité.
Pour un responsable d'une grande fédération olympique, le refus de Hambourg soulève aussi la question du rôle du CIO dans la phase de candidature. « Le CIO valorise-t-il suffisamment cette phase? » s'interroge-t-il, préférant conserver l'anonymat. Après l'échec de la phase de candidature des JO d'hiver 2022 (seulement deux villes candidates, Pékin étant finalement choisie), « pourquoi le CIO ne réaliserait-il pas dans chaque ville candidate des campagnes neutres à destination du grand public, mettant en avant les valeurs olympiques ? »
Cela pourrait de fait être nécessaire, notamment en Suisse, où une candidature du Valais ou des Grisons pour les JO d'hiver 2026 est à l'étude. Le même canton des Grisons qui, comme Hambourg, avait refusé en 2013 par référendum une candidature aux JO d'hiver 2022.
(Source : AFP)

