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Culture

Pourtant, que la montagne était belle...

Cimaises

Sa palette est joyeuse, festive. Bien que le sujet qu'aborde Vanessa Gemayel et qu'elle déploie sur plus d'une dizaine de toiles sous le titre « On m'a caché la mer » (exposée à la galerie Aïda Cherfan)* le soit moins.

16/11/2015

Depuis que Vanessa Gemayel, étudiante en sciences politiques, a choisi sa voie à Londres en se lançant dans les études d'arts plastiques («J'avais besoin de peindre pour respirer et me sentir bien dans ma peau»), une seule pensée s'est imposée à elle: faire parvenir un message à travers son travail pictural. «Comment le faire sans pesanteur mais toujours en apesanteur? Le but de l'art est de soulever des questions tout en ne suscitant pas l'effroi mais l'apaisement», avoue encore la jeune artiste.
De ses premières armes au Salon d'automne en 2009 à la galerie Artlab en 2013 et de sa participation à «l'Exposition internationale de la diaspora libanaise» en 2010 à celle «des Nouveaux talents» en 2011, l'artiste évolue, prend une pause, change de forme, mais pas de style, et se libère. Elle revient avec cette nouvelle exposition, On m'a caché la mer, pour évoquer les crimes urbains et écologiques au Liban.

Violence et sérénité
Art naïf, voire indiscipliné? La définition sied beaucoup au parcours de cette artiste audacieuse qui ose les couleurs jusqu'à ce qu'elles bouffent la toile en la phagocytant. Vanessa Gemayel n'a pas peur, elle bouscule et fait éclater l'espace. Par ses maisons asymétriques, son ciel jamais bleu mais noir de pollution, par sa mer rendue houleuse grâce aux empâtements d'huile ou par ses arbres aux corps de femmes, sacrifiés sur le bûcher de l'urbanisme, son vocabulaire pictural est atypique. Elle va même jusqu'à juxtaposer huile et acrylique selon les exigences du sujet. Elle déstructure, restructure au gré de ses émotions.
Sur son espace, donc, transparaît une dichotomie tant au niveau de la démarche qu'à celui des effets. Ainsi, passion et raison cohabitent chez Vanessa Gemayel. Passion dans ces jets de teintes parfois repassés au couteau, et raison car «je visualise tout dans ma tête avant de me lancer dans le travail». Contraste également dans la violence du message et le côté ludique et poétique du processus. Et si on lui demande que privilégie-t-elle dans sa toile pour faire parvenir le message, elle répond sans hésiter: «L'important, pour moi, c'est d'évoluer. C'est ce qui compte avant tout.»

*À la galerie Aïda Cherfan Fine Art (Antélias), jusqu'au 26 novembre. Ouvert du lundi au vendredi de 10h à 18h, et le samedi de 10h à 13h. Tél. : 04-444111.

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« Atterrir à Beyrouth » vue et expliquée par l'artiste

C'est une vue plongeante sur la vie. Une vue du ciel comme un satellite qui sonde la Terre. La toile est exécutée en strates comme des bulles spatio-temporelles. Que voit-on? Au centre de la toile, point par point, case par case, l'artiste a construit la ville. Elle ressemble à ces jeux de constructions aujourd'hui désuets. Cette cité a l'air d'être chancelante. Elle n'est pas droite, par conséquent instable. «Ce chaos avait pourtant un certain charme.» Plus maintenant ? «Je voulais asseoir le tableau, donner une base.» «À cause de la surcharge, j'ai peint cette montagne qui respire. Je l'ai travaillée au couteau, comme si elle disparaissait peu à peu.» Mais avant la montagne, l'artiste a pris le soin d'ajouter la mer. Elle aussi tangue avec la ville, comme si elle épousait ses formes. Ce n'est qu'à la fin que l'artiste dessinera ce ciel, lourd de pollution, noir de suie. Comme s'il grondait. Une œuvre où l'amour de la ville est distillé en touches poétiques.

 

Pour mémoire
Vanessa Gemayel chez Artlab

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