Une image, datée du 23 septembre 2009, montre une biologiste examinant des échantillons sanguins au laboratoire antidopage de Moscou. Ce dernier est au cœur du scandale qui a mené hier à la suspension de la Russie de toute compétition d’athlétisme. Photo archives AFP
La Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a voté hier dans la nuit la suspension provisoire de la fédération russe de toute compétition, sans durée déterminée, à la suite des accusations de « dopage organisé » portées par l'Agence mondiale antidopage (AMA) envers la Russie. Le conseil de l'IAAF ouvre ainsi la porte à une possible suspension des athlètes russes pour les JO 2016 de Rio, qui ont lieu dans neuf mois.
Plus tôt en journée, le ministre russe des Sports, Vitali Moutko, avait affirmé que Moscou était prêt à pleinement coopérer avec l'IAAF. « Nous sommes prêts à coopérer pour que notre athlétisme soit aux normes qui nous sont demandées. Mais faisons-le ensemble. Nous sommes prêts à n'importe quelle mesure », avait ainsi affirmé M. Moutko, cité par l'agence R-Sport. M. Moutko avait dit espérer « une décision juste ». « Nous pouvons rater une ou deux compétitions, mais que des athlètes honnêtes ratent les Jeux olympiques ou les championnats du monde, c'est véritablement stupide », avait-il souligné. Il avait également promis de créer une nouvelle agence russe antidopage.
Une gangrène
Depuis les révélations de l'enquête indépendante de l'AMA lundi, la Russie est pointée du doigt, accusée de toutes parts d'avoir mis sur pied un programme institutionnalisé de dopage dans l'athlétisme. Plus grave encore : à ce dopage établi se mêlent des accusations de corruption qui ont gangrené l'athlétisme jusqu'au sommet, comme le suggère la mise en examen par la justice française de l'ancien président de l'IAAF, le Sénégalais Lamine Diack, soupçonné d'avoir couvert des cas de dopage en Russie moyennant finances.
D'abord droite dans ses bottes, la Russie avait finalement infléchi son discours devant l'ampleur du scandale, espérant la mansuétude des dirigeants de l'IAAF. Hier, la perchiste Yelena Isinbayeva, double championne olympique (2004 et 2008), a ainsi demandé la clémence de l'IAAF. « La situation autour de l'équipe russe d'athlétisme est triste. Mais je tiens à faire cette demande : ne réduisez pas tous nos athlètes au même niveau », a expliqué la tsarine de la perche, sacrée championne du monde en 2013. « C'est injuste de priver des athlètes innocents, qui ne font pas partie du dossier, du droit de participer aux Jeux de Rio », a poursuivi la détentrice du record du monde du saut à la perche (5,06 m).
Élu en août à la tête de l'IAAF, le Britannique Sebastian Coe avait promis une « tolérance zéro » sur le dopage. Dans ce contexte, l'option la plus probable restait une suspension provisoire de la Russie – chose faite hier donc –, afin que tous les responsables de ce sport, coupables comme innocents, aient le temps de rentrer dans le rang ou d'insuffler un nouvel état d'esprit, si près des JO 2016 de Rio.
(Source : AFP)
Qu'est-ce que le conseil de l'IAAF ?
Le conseil de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) constitue le gouvernement de l'instance. Théoriquement constitué de 27 membres, le conseil en compte actuellement 26. Le poste de secrétaire général de l'instance est vacant depuis le départ du Français Essar Gabriel, en août dernier. Le conseil comprend le président de l'IAAF en exercice, actuellement le Britannique Sebastian Coe, ses quatre vice-présidents, le trésorier de l'IAAF, un représentant de chacune des six zones continentales et 15 autres membres élus lors du congrès de l'instance, qui se tient tous les deux ans à l'occasion des championnats du monde. Les membres du conseil sont élus pour une période de quatre ans et la présence de six femmes au minimum est obligatoire. Chaque membre dispose d'une voix.
Coe s'expliquera devant le Parlement britannique le 2 décembre
Le nouveau président de l'IAAF, Sebastian Coe, sera entendu le 2 décembre par des membres du Parlement britannique au sujet du scandale actuel du dopage dans son sport et de ses liens avec Nike, a assuré hier l'agence anglaise de presse PA. L'ancien champion olympique du 1 500 mètres s'exprimera devant les membres du comité Culture, média et sport. Damian Collins, l'un de ses membres, a récemment déclaré qu'il souhaitait interroger Coe sur son rôle d'ambassadeur pour Nike et sur une prise de distance avec l'équipementier américain pour éviter d'éventuels conflits d'intérêt. Les parlementaires devraient également le solliciter sur la vaste affaire de dopage qui touche actuellement son sport, avec une résonance particulière en Russie. Désormais âgé de 59 ans, le Britannique, qui avait été le président du comité d'organisation des JO 2012 de Londres, a pris la tête de l'IAAF en août.

