Des migrants venus de Turquie arrivant sur l’île grecque de Lesbos. Bulent Kilic / AFP
Les Européens ont lancé hier un fonds pour aider l'Afrique à lutter contre les « causes profondes » des migrations, lors d'un sommet à Malte, où des pays africains se sont agacés de l'insistance européenne pour renvoyer chez eux davantage de migrants irréguliers. Le sommet de La Valette, qui a réuni pendant deux jours une cinquantaine de dirigeants des deux continents, s'est conclu hier par l'adoption d'un plan d'action commun, listant des initiatives à mettre en œuvre rapidement.
Dans ses discussions avec les pays africains, l'UE a déjà mis sur la table 1,8 milliard d'euros pour financer des projets destinés à freiner les arrivées de migrants africains en Europe. Mais elle exhorte les États membres à apporter en plus leurs propres contributions pour doubler la mise. Or, on est encore loin du compte car les promesses des pays européens n'ont atteint qu'un total de quelque 78 millions d'euros, selon un décompte de la Commission.
Pour le président nigérien Mahamadou Issoufou, « c'est loin d'être suffisant », reflétant ainsi l'opinion de plusieurs de ses homologues. Piqué au vif, un responsable de l'Union européenne, ayant requis l'anonymat, a fait remarquer devant la presse que les Européens étaient aussi ceux qui aidaient le plus l'Afrique, à qui ils apportent plus de 20 milliards d'euros chaque année.
Traitement différencié
Toujours lors du sommet de Malte, certains dirigeants africains ont également montré leur agacement quant à la pression de l'UE sur l'Afrique. Les migrants africains vers l'Europe « ne sont pas aussi nombreux qu'on le dit. Pourquoi toute cette énergie sur les migrants africains », s'est interrogé le président sénégalais Macky Sall. Les Européens, avec leur fonds d'urgence, veulent notamment convaincre leurs partenaires d'accepter davantage de « réadmissions » de migrants africains en situation irrégulière. «On ne peut pas insister à réadmettre les Africains chez eux pendant qu'on parle d'accueillir les Syriens et d'autres. C'est un traitement différencié que nous condamnons, parce que c'est discriminatoire », s'est ému le président sénégalais, également président de la Communauté des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).
Le sommet, conclu hier à la mi-journée, a été suivi dans l'après-midi d'un autre, entre seuls Européens, surtout focalisé sur les discussions en cours avec la Turquie, autre pays-clé dans la crise migratoire.
Les dirigeants européens ont également annoncé la tenue « le plus vite possible » d'un sommet avec la Turquie pour la convaincre de freiner le flux de réfugiés qui a complètement débordé ces derniers jours plusieurs pays européens. Le sommet, qui devrait avoir lieu fin novembre ou début décembre, aura pour but de « conclure nos discussions avec la Turquie », a dit hier le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Mais le bon vouloir d'Ankara pose aussi « des problèmes de financement », a reconnu M. Juncker. La Commission veut consacrer quelque trois milliards d'euros à aider la Turquie sur deux ans. Elle a promis de contribuer à hauteur de 500 millions d'euros et a demandé aux 28 États membres d'apporter les 2,5 milliards restants.
Quant à la Suède, elle annonçait hier qu'elle rétablissait les contrôles à ses frontières, dans l'espoir là aussi de freiner les arrivées. Pour les migrants déjà sur place, le droit d'asile reste garanti, même si le gouvernement souhaite voir diminuer le nombre de personnes venant en Suède.
(Source : AFP)

