Vitali Moutko, le ministre russe des Sports, à l’image plutôt débonnaire, est apprécié par les médias pour sa bonhomie et son sens de la répartie. Kirill Kudryavtsev/AFP
Les accusations de dopage organisé lancées contre la Russie par l'Agence mondiale antidopage (AMA) ont placé le ministre russe des Sports, Vitali Moutko, au cœur du scandale. Une position que cet allié de longue date de Vladimir Poutine a souvent occupée, sans que cela n'ait d'incidence sur sa carrière. Moutko, âgé de 56 ans, à l'image plutôt débonnaire, a réagi à ce scandale comme il l'a fait pour toutes les controverses l'ayant entouré : en niant.
Des scandales, Vitali Moutko – qui dirige aussi depuis septembre la Fédération russe de football – en a traversé beaucoup. Il a vu son poste devenir beaucoup plus politique, aux avant-postes dans le climat de confrontation aux relents de guerre froide entre Russes et Occidentaux. Chef du comité d'organisation du Mondial 2018, il est ainsi sur le devant de la scène depuis que la Suisse a ouvert une enquête sur les conditions d'attribution de l'événement, soupçonnant des actes de corruption. Pour ses anciens collègues, Moutko se distingue par sa capacité à sortir indemne des scandales l'entourant.
Pourtant, ce ministre apprécié des médias pour sa bonhomie et son sens de la répartie dut aussi affronter des scandales en Russie, notamment pour son rôle dans les JO de Sotchi en 2014, les plus chers de l'histoire. Il fut l'un des dirigeants supervisant les travaux, qui atteignirent la somme pharaonique de 51 milliards de dollars sur fond d'accusations de corruption. Il a aussi été accusé de plus petites transgressions de la loi, comme ces notes de frais accumulées lors des JO de Vancouver de 2010, au cours desquels il occupa pendant 20 jours une suite à 1 000 euros et engloutit pas moins de 97 petits déjeuners.
Le soutien de Poutine
Mardi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a refusé de se prononcer sur le sort de Moutko, mais il est peu probable que sa position soit remise en question. Car Vitali Moutko bénéficie d'un atout-clé : le soutien de Vladimir Poutine, avec lequel il cultive une longue amitié.
Comme pour nombre de figures du gouvernement russe, les liens de Moutko avec Poutine remontent au début des années 1990, quand les deux hommes travaillaient dans l'administration de Saint-Pétersbourg sous les ordres du maire de l'époque, Anatoli Sobtchak. Ils « avaient des relations amicales et c'est la raison pour laquelle Moutko a fini dans l'équipe de Poutine », explique Lioudmila Fomitcheva, qui a travaillé à l'époque avec les deux hommes. « Poutine n'abandonne pas ses hommes », ajoute-t-elle.
Pour la sociologue Olga Krichtanovskaïa, spécialiste des élites russes, ce passé commun a « de l'influence » sur l'attention que le président russe porte à Vitali Moutko. Mais le soutien du Kremlin est aussi dû à la fidélité sans faille affichée par Moutko. « Vladimir Poutine donne des ordres, et ces ordres sont exécutés. Poutine considère que c'est ce que Moutko fait, et apparemment il est considéré comme efficace », explique la sociologue.
(Source : AFP)

