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Culture

Dix-neuf éclats de Dieu

Cimaises

Pour traiter d'un thème explosif, Bassam Geitani a conçu une installation fragmentée. Une œuvre murale « éclatée » en pièces sculpturales, calligraphiques, anamorphiques et incantatoires des diverses appellations d'Allah.

12/11/2015

Se rendre à une exposition de Bassam Geitani, c'est s'apprêter à plonger dans un univers de questionnements existentiels, d'expérimentations scientifiques et de curiosité joueuse. Et cela à travers des œuvres éminemment plasticiennes, mais qui n'en gardent pas moins un attrait esthétique certain.
Shathaya*, l'installation qu'il présente à la galerie Janine Rubeiz** jusqu'au 26 novembre, ne déroge pas à ce mélange d'art et de sciences, de conceptualisme et de légèreté qui fait la singularité du travail de cet artiste.
Ainsi, après avoir exploré la « psychologie » des matières, recueilli sur toiles les « sueurs d'acier », reproduit dans ses œuvres les mouvements giratoires du pendule de Foucault et expérimenté les mystérieuses perspectives de l'anamorphose (notamment à travers un Olivier, pulvérisé et reconstitué, présenté en 2011 au BEC dans le cadre de Rebirth), voilà que Bassam Geitani s'attaque au spirituel. Ou plutôt au thème du religieux. Et plus particulièrement à ses dérives, ses distorsions, ses altérations, ses manipulations qui donnent du divin une perception dévoyée, violente et négative. Une vision déformée, en somme, qu'il traduit dans cette installation murale composée de 19 des 99 noms de Dieu (le projet est toujours en cours) calligraphiés de manière anamorphique sous forme... d'éclats d'obus. Illisibles directement, ils ne peuvent être déchiffrés que par leurs reflets dans les fragments de miroirs qui accompagnent chacun d'eux.

Dans des tissus de lin
Dix-neuf dénominations d'un Dieu surnommé, entre autres, al-Ghafour (clément), al-Rahim, (le très miséricordieux) ou encore al-Salam (la paix par excellence), ciselées, au laser, dans le métal, enveloppées de tissus de lin (référence au linceul) et traitées au sulfate de cuivre (qui leur donne une dégradation de vert bleuté, couleurs symboliques de ce mélange de religion et de superstition si répandu dans le monde arabe). Et qui, à travers leur traitement incisif et leurs manipulations optiques, tentent de traduire artistiquement cette aberration/inversion qu'est l'exploitation de la violence au nom du divin...
Par ailleurs, présentée en parallèle à cette installation qui court sur deux murs pleins de la galerie, une autre œuvre anamorpho-calligraphique de Bassam Geitani dresse à travers de fascinantes circonvolutions de lettres ciselées dans le métal rouillé, un Mémorial aux victimes de la guerre libanaise. Toujours ce jeu avec la science et les esthétiques nouvelles, mis au service d'un art témoin des bouleversements de son temps chez cet artiste dont l'une des œuvres (Cuneiform II) a été acquise par le British Museum en 2006.

*Shathaya : débris d'obus.
**Raouché, imm. Majdalani (Bank Audi). Horaires d'ouverture : de mardi à vendredi, entre 10h et 19h et samedi, de 10h à 14h. Tél. 01- 868290.

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Halim Abou Chacra

On dirait donc que cet artiste évoque -dénonce- ceci : les hommes commettent leurs monstruosités et invoquent Dieu. Pour se justifier. Ce sont les seuls êtres criminels de la planète !

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