Brigitte Bardot sur la pochette de Harley Davidson.
À l'origine, la cuissarde fait partie de la panoplie des chevaliers. Son entrée dans le vestiaire des femmes s'est faite en douceur, la botte gagnant du terrain à mesure que l'ourlet en perdait. Autrement dit, à mesure que la jupe remontait en direction du genou (à partir du XIXe siècle), la botte recouvrait la nudité laissée dans la distance. Il n'est donc pas étonnant que la première version officielle de la cuissarde féminine soit apparue avec la minijupe. Nous sommes en 1963 et Yves Saint Laurent fait réaliser par Roger Vivier des cuissardes en crocodile noir. C'est le commencement d'une ère où la botte, déjà fétiche depuis des décennies dans sa version lacée, va atteindre des sommets d'érotisation.
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Un objet érotique
Jusque en haut des cuisses/Elle est bottée/Et c'est comme un calice/À sa beauté, chantait Serge Gainsbourg en 1968 dans Initials B.B. Et déjà la rime cuisses/calice indique le parcours du regard, de la cheville à l'intimité. Plus la botte monte, plus elle cache, et plus elle cache, plus elle montre, jusqu'à cette fine mais atomique ligne de peau entre le cuir et le vêtement. De nouvelles matières, notamment le vinyle et l'élasthanne, transforment la botte en gant de jambes. La cuissarde galbe la cheville, arrondit le mollet, affine la cuisse et appelle un baise-pied. Mais surtout, elle est difficile à enfiler, autant qu'à ôter d'ailleurs. Et quiconque se propose de prêter main-forte pour cette opération délicate se retrouve aussitôt dans la posture d'un valet de pied. La femme en cuissardes est une amazone. Elle s'affiche dominatrice. D'où la connotation sadomasochiste de cet accessoire que viendra souligner le personnage de Barbarella, campé par Jane Fonda dans un film de Roger Vadim, en 1968 toujours, décidément cette année-là...
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Un symbole ambigu
Armure donc, mais qui dit armure, dit aussi vulnérabilité. Au premier degré, elle tient à distance. Au second, elle donne envie de la fendre. Dans leurs shows les plus spectaculaires, Madonna et plus tard Lady Gaga les portent pour dominer leur public mâle, voire le soumettre. Quand Nancy Sinatra chantait These boots are made for walkin' (1966), elle créait un hymne pour les insoumises, les femmes capables de tourner le dos au mauvais partenaire et se mettre en marche avec détermination. Les cuissardes ont-elles cette audace ? Rien n'est moins sûr. Au fil des interprétations, la cuissarde, par le violent message érotique qu'elle véhicule, est assimilée à la prostitution. Et là encore, l'ambiguïté règne. Certes, la femme en cuissardes affiche d'une certaine manière sa puissance ou sa volonté de puissance. Mais elle trahit aussi, dans certains cas, son désir d'être entretenue, donc dépendante. Dans les premières image de Pretty Woman, la caméra zoome sur Julia Roberts enfilant et zippant ses bottes « de travail » comme un ouvrier sa combinaison (en plus subtil, d'accord). La rencontre de l'amour lui fera petit à petit changer de style.
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Cuissardes de créateurs
Cet hiver, chez Dior, Raf Simons nous offre la cuissarde comme un testament. Dans la dernière collection du créateur pour la saison froide, elle est démesurément haute et couvrante. En vinyle vernis, elle semble ne s'arrêter nulle part, ou alors se perdre dans l'infini mystère de la robe. On a du mal à voir du premier coup une provocation érotique dans ces gaines brillantes et colorées, montées sur talons, et qui vous font des jambes irréelles, pour ne pas dire artificielles. C'est pourtant le même fantasme qui continue, filant la métaphore jusqu'à l'absurde. Hedi Slimane est plus terre à terre, chez Saint Laurent, qui choisit l'option littérale et associe la cuissarde en cuir noir au manteau léopard de demi-mondaine rock'n'roll. Christopher Bailey, chez Burberry Prorsum, poursuit son décodage et ses détournements de clichés de la vieille Angleterre, avec des bottes démesurées en patchwork de daim à motif floral. Chez Alexander McQueen, la cuissarde fait dans l'autodérision avec des couleurs pastel et des gaines zippées, montées sur escarpins vernis à bouts carrés. Il y a clairement de la fillette chez cette amazone qui n'a visiblement aucune envie qu'on la prenne au mot. Chez Carven, ce sera un retour aux sources, parfaitement dans la note des sixties, où la cuissarde rattrape, en grimpant le long de la jambe, la part de peau laissée nue par l'ascension simultanée de la jupe. Sans contorsions, la boucle est ainsi bouclée.
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Un objet érotiqueJusque en haut des cuisses/Elle est bottée/Et...


De l'érotique chic....
08 h 39, le 11 novembre 2015