Raphaelle Aellig Regnier: «Les rencontres déclenchent souvent une envie de témoigner, d’accompagner. » Photo Hassan Assal
Fraîchement débarquée de l'aéroport, Raphaelle Aellig Regnier n'a pas encore eu le temps d'avoir des impressions. Et pourtant, en moins d'une heure de présence au pays du Cèdre, avec tonnerres et orages annonçant le début de l'hiver, les mots affleurent : « La circulation, dit-elle, atteste d'un certain foisonnement, d'un certain bouillonnement. Ça pulse. On a envie de sortir de la voiture pour voir la ville qui palpite... »
Pour son septième opus, Alexandre Tharaud, le temps dérobé, exploration de l'intériorité du pianiste, projeté dans le cadre du BAFF au Metropolis, la réalisatrice, venue du monde du journalisme non audiovisuel mais celui de la presse écrite, confie que le hasard fait toujours bien les choses. C'est grâce au hasard et au fil des rencontres que sont nées une carrière et une série d'œuvres filmées.
Petit questionnaire pour comprendre comment sont abordés thèmes et sujets croqués sur le vif à travers caméra et pellicule. Avant de s'envoler en moins de vingt-quatre heures à nouveau en Suisse, rencontre et petites confidences.
Comment expliquez-vous que votre travail est, surtout, le fruit de certaines rencontres ?
Les rencontres déclenchent souvent une envie de témoigner, d'accompagner. Une caméra est souvent un instrument de prédation. Pour ma part, je voudrais avoir des images plus pudiques. Être invisible, en quelque sorte. Mon premier film est à propos d'une femme argentine réfugiée politique en Suisse. Ensuite, à travers un croque-mort, j'ai voulu voir la ligne de démarcation entre vie privée et travail. Pour le troisième film, j'ai plongé dans l'univers d'un village où vivent handicapés mentaux et éducateurs. Un village qui a pourtant les allures d'être presque comme les autres... Les mains de Miguel Angel Estrella, pianiste argentin, m'ont guidée pour les perceptions et les sensations du monde. Les irrécupérables ? C'est l'histoire d'un délinquant braqueur multirécidiviste. Je pose la question : qu'est-ce qui fait le déclic pour qu'une personne ne bascule pas dans la délinquance ? Avec De chair et d'âme, les handicapés, une fois de plus, hantent ma caméra. C'est la rencontre entre Philippe Pozza di Borgo (l'homme d'affaires tétraplégique qui a inspiré Les intouchables) et le philosophe Alexandre Jollien. Pour en arriver à Alexandre Tharaud. Subtil, ondoyant, très riche. Je ne suis pas musicienne et ce n'est pas un film musical. Son interprétation de Rameau me fascine. J'ai voulu écrire avec les sons et les images.
Quels sont les films qui vous ont marquée ?
Le souffle d'Alexandre Kott et Faces de John Casavettes.
Un nouveau projet ?
Je termine en ce moment le montage de La mémoire des châtaigniers. La nature et ses difficultés à affronter la modernité avec le constat de la victoire de l'abandon du monde... Mais par ailleurs je prépare aussi un film sur le violoniste albanais Tedi Papavrami, traducteur d'Ismail Kadaré et interprète de la boîte magique.
Un souhait ?
J'aurais aimé rester plus longtemps à Beyrouth...


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