Le premier groupe de réfugiés irakiens a quitté la Grèce hier pour rejoindre le Luxembourg. Photo AFP / Ho
Un mois après l'Italie, la Grèce a procédé, hier, à sa première relocalisation de migrants avec trente personnes parties au Luxembourg. Dès l'aube, ils étaient toute une petite troupe radieuse et émue sous l'avion à l'aéroport d'Athènes, femmes en fichus colorés, enfants, se congratulant avec le Premier ministre grec Alexis Tsipras, le commissaire européen à l'Immigration Dimitris Avramopoulos, le président du Parlement européen Martin Schulz ou le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn, outre des représentants du HCR et de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). « Ils ont l'opportunité de faire un voyage vers l'espoir, vers une vie meilleure », mais ce n'est qu'une « goutte dans l'océan », a reconnu Alexis Tsipras, une fois les passagers à bord de l'avion. « Le sacrifice humain qui fait honte à la civilisation européenne doit cesser », a martelé M. Tsipras, qui a annoncé qu'il se rendrait à la mi-novembre en Turquie, pour y convaincre les autorités turques de mieux coopérer avec l'UE. « Les murs, les barrières et les barbelés ne peuvent pas être l'image de l'Europe à l'avenir », a lancé de son côté M. Asselborn.
Lenteur de la procédure
Ce départ s'inscrit dans le plan de l'UE pour relocaliser sur deux ans 160 000 réfugiés (Syriens, Érythréens et Irakiens pour la plupart) arrivés en Italie et en Grèce. Actuellement, 15 États membres ont proposé un total de 2 314 places. Mais seules 117 personnes (87 parties d'Italie en deux fois en octobre, vers la Suède et la Finlande, et les 30 d'hier) en ont déjà profité. Même si tous n'y auraient pas droit, c'est insignifiant par rapport aux 752 066 arrivées par mer dans l'UE cette année, selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), dont plus de 80 % en Grèce. Le président du Conseil européen Donald Tusk a incité à la « patience », tout en notant que les migrants eux-mêmes sont parfois réticents : « Comment les convaincre que la Lituanie, la Pologne, la Slovaquie, la France et l'Espagne sont aussi bien que l'Allemagne et la Suède ? » a-t-il demandé. Le départ hier des quatre familles syriennes et des deux irakiennes a donc été largement mis en scène par les autorités, comme un symbole de ce qu'il faudrait faire. D'autant que même les mieux intentionnés peuvent reculer comme la Suède qui, arguant d'une « situation extrêmement tendue », va demander à ses partenaires européens de relocaliser chez eux une partie des personnes arrivant chaque mois sur son sol.
« Le gouvernement exige une répartition des réfugiés de Suède » et leur accueil dans d'autres États membres, a écrit hier le Premier ministre suédois, Stefan Löfven, qui s'est entretenu, hier, à Stockholm avec le président du Conseil européen Donald Tusk. Dans le quotidien allemand Bild, Fabrice Leggeri, patron de l'agence européenne de surveillance des frontières Frontex, a estimé que « les États européens doivent se préparer à l'idée qu'une situation très difficile nous attend dans les prochains mois », et leur a recommandé de placer en rétention les demandeurs d'asile déboutés pour les renvoyer « rapidement » dans leur pays d'origine.
L'Autriche a annoncé son intention de durcir ses conditions d'asile en limitant à trois ans la durée initiale du bénéfice de ce droit. Et le maire autrichien social-démocrate (SPÖ) de Wagna, près de la frontière slovène, a écrit au chancelier Werner Faymann pour demander à l'État de reprendre les choses en main, affirmant que « la paix sociale » dans cette région est « profondément menacée ». La Serbie et la Bosnie de leur côté ont affirmé exclure tout risque de conflit dans l'ouest des Balkans, risque soulevé lundi par la chancelière allemande Angela Merkel dans l'hypothèse où l'Allemagne fermerait sa frontière.
(Source : AFP)

