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Liban - L’Éclairage

Salam prend son mal en patience, mais jusqu’à quand ?

Bien que déçu par certaines forces politiques, et face au blocage persistant au niveau de l'exécutif, le Premier ministre, Tammam Salam, prend son mal en patience et continue de tabler sur un sursaut de conscience parmi la classe politique qui semble avoir abdiqué à ses responsabilités à un moment où le pays passe par des circonstances dangereuses et déterminantes pour son avenir.
Quoi qu'il en soit, M. Salam continuera de son côté à assumer ses responsabilités en accomplissant sa lourde tâche le mieux qu'il puisse, voulant surtout éviter de saper les fondements de la dernière institution en place, à savoir le gouvernement. Quand bien même celui-ci est actuellement paralysé et dysfonctionnel, il n'en reste pas moins qu'il est toujours en place et constitue le seul tremplin pour relancer le chantier de la réédification de l'État.
Les milieux proches du chef du gouvernement assurent à ce propos qu'il n'est pas question de démission pour l'heure, en dépit des multiples défis auxquels il fait face. D'ailleurs, comment M. Salam pourrait-il envisager de rendre le tablier en l'absence d'un mécanisme constitutionnel qui puisse l'habiliter à le faire ? Tant qu'il n'y a pas de président en place pour accepter sa démission, il ne peut tout simplement pas risquer une telle initiative, ni d'un point de vue constitutionnel ni légal.
« À qui devrait-il donc présenter sa démission ? À lui-même ? » s'interroge un ancien ministre. À ne pas oublier que M. Salam jouit de deux prérogatives cumulées. Il est le chef du gouvernement, mais aussi le chef de l'autorité à laquelle ont été déléguées les prérogatives du chef de l'État. Par conséquent, il signe les décrets en sa qualité de Premier ministre mais aussi de président, dans la mesure où la Constitution prévoit qu'en l'absence d'un chef d'État, c'est au gouvernement présidé par M. Salam que revient la tâche d'assumer les prérogatives du président.
Selon un ancien député qui a pris part aux pourparlers de Taëf préludant à la naissance de la Constitution en 1990, le Liban se trouve dans une impasse dangereuse et à l'ombre d'une situation constitutionnelle inédite que les législateurs n'ont pas pu prévoir. En effet, ces derniers n'ont jamais pu imaginer que la situation parviendrait jusque-là. Ils n'ont pas pu envisager non plus le cas de figure ubuesque où les politiques refuseraient de respecter la Constitution et d'assumer la responsabilité suprême de l'élection d'un président, garant de l'application de la Loi fondamentale.
La question est donc de savoir que fera le Premier ministre face à la déliquescence progressive de l'État.
Des sources proches du Sérail répondent à cette question en se contentant d'une phrase lapidaire, assurant que le chef du gouvernement s'abstient de révéler ce qu'il compte faire dans un proche avenir. Elles soulignent toutefois que la « bouderie » ou le refus de faire acte de présence au Sérail n'existent pas dans le lexique du Premier ministre et ne font pas partie de la culture familiale des Salam qui ont de tout temps refusé d'abdiquer leurs responsabilités nationales.
M. Salam pourrait cependant décider de tenir une conférence de presse si le dossier des déchets ne parvenait pas à maturation jeudi prochain. Il serait ainsi disposé à nommer les choses par leur nom, et ce au cas où le ministre en charge, Akram Chehayeb, aurait renoncé à poursuivre sa mission. Une réaction qui pourrait survenir dans le but de dénoncer l'exploitation de ce dossier par certaines parties politiques qui cherchent à l'utiliser comme une carte de pression sur le gouvernement afin de l'amener à faire des concessions ailleurs.
Des sources proches de la commission ministérielle en charge du dossier des déchets expliquent le refus du Hezbollah de donner sa réponse sur les lieux des décharges potentiels dans la Békaa par un bras de fer politique grâce auquel le parti chiite espère arracher des concessions au courant du Futur tout en cherchant à contenter son allié, le CPL.
Ces sources ont en outre considéré que l'escalade verbale du secrétaire général, Hassan Nasrallah – qui a désormais axé ses attaques en direction des États-Unis –, s'inscrit dans une phase préparatoire en vue du rapatriement prochain de ses combattants de Syrie. Une démarche qu'il faut comprendre à la lumière de l'intervention russe en Syrie et du début des négociations en vue d'un règlement de la crise, ce qui suppose la cessation des hostilités et la fin de l'intervention chiite dans ce pays.
C'est ainsi qu'il faut également comprendre l'appel lancé par le chef du Hezbollah pour un retour à la table de dialogue, la réactivation du gouvernement et du Parlement, et la préservation de la stabilité.
Selon un ancien ministre, le parti chiite est attaché au dialogue avec le courant du Futur à propos de la présidentielle parce qu'il considère qu'il est en position aujourd'hui de négocier la candidature d'une personnalité qui parrainerait le projet de la résistance et ses armes. Pour le parti, le timing est propice, et tout retard dans les négociations autour d'une solution lui serait défavorable, surtout qu'il est de plus en plus question d'un candidat consensuel accepté de tous.
Dans les milieux diplomatiques circulent les noms de candidats jouissant d'un tel profil. Il reste à voir quel sera le mécanisme adéquat pour promouvoir au final deux candidats parmi lesquels les députés pourraient en choisir un. L'idée est d'éviter de réduire le choix à un seul, donnant ainsi l'illusion qu'il a été parachuté de l'extérieur et élu d'office par l'Assemblée, comme cela s'était produit en 2008 et même avant. Les puissances extérieures voudraient ainsi éviter de donner l'impression de vouloir imposer un candidat en insistant sur l'idée de suggestion et d'aide apportée aux Libanais, après que ces derniers eurent échoué à libaniser l'échéance et les maronites à convenir du candidat approprié. C'est ce que rapporte un diplomate occidental qui confie par la même occasion que les noms qui circulent actuellement sont connus. D'autres sources diplomatiques ont révélé par ailleurs que des personnalités éminentes, issues des milieux économiques et ayant un projet en vue de l'essor économique du pays, ont également exprimé leur souhait de voir leur candidature retenue au poste de la première magistrature. Leur expertise serait, selon eux, d'autant plus utile que le Liban est en plein recul après avoir été un pays d'avant-garde par excellence du P-O. Ce qui fera dire à un Premier ministre arabe qui se demandait comment le Liban en est arrivé à ce point : « Qu'est donc devenu ce pays inventif qui jadis produisait des miracles et qui servait d'exemple à son entourage ? »

Bien que déçu par certaines forces politiques, et face au blocage persistant au niveau de l'exécutif, le Premier ministre, Tammam Salam, prend son mal en patience et continue de tabler sur un sursaut de conscience parmi la classe politique qui semble avoir abdiqué à ses responsabilités à un moment où le pays passe par des circonstances dangereuses et déterminantes pour son avenir.Quoi qu'il en soit, M. Salam continuera de son côté à assumer ses responsabilités en accomplissant sa lourde tâche le mieux qu'il puisse, voulant surtout éviter de saper les fondements de la dernière institution en place, à savoir le gouvernement. Quand bien même celui-ci est actuellement paralysé et dysfonctionnel, il n'en reste pas moins qu'il est toujours en place et constitue le seul tremplin pour relancer le chantier de la réédification...
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