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Hommage au bâtonnier Marcel Sioufi

27/10/2015

C'est en toute discrétion que l'un de nos grands hommes nous a quittés ; cette discrétion qui était l'une de ses règles de vie.
Quand on a eu le privilège de connaître Marcel Sioufi de près, on se rend compte bien vite que la réalité dépasse la réputation : la haute compétence doublée d'une rigueur d'exception au niveau moral. Il l'était sur le plan professionnel. Il l'était sur le plan personnel ; un humaniste hors pair. Pour résumer l'homme, on dirait : « L'homme de tous les raffinements. »
Le bâtonnier Sioufi était connu comme l'un des ténors du barreau, spécifiquement pour sa conception de l'avocature. Et il est resté le même en dépit de l'état de délabrement moral généralisé de notre pays mille fois meurtri. Il ne concevait l'exercice de cette profession qu'à travers l'analyse des faits soumis, et la recherche de la qualification juridique et de la règle de droit applicable. Il ne défendait que le défendable à partir des données de son dossier. Si la règle de droit est en faveur du client, il fonçait. Autrement, il renonçait. Il ne pouvait supporter l'idée que l'on puisse gagner un procès par d'autres procédés, ceux qui sont devenus, de toute évidence, assez courants. Il vivait sans doute dans le souvenir du Palais de justice de son père, le grand juge Georges Sioufi. C'était d'autres temps. Nous évoquions cette période où nos pères siégeaient ensemble.
Et plus que tout, Marcel Sioufi était l'illustration par excellence de la dignité et de l'honneur. Sentait-il ceux-là égratignés qu'il s'éclipsait dans le silence, avec la pudeur qui était la sienne.
Son respect envers les autres le rendait muet vis-à-vis de toute attitude qu'il trouvait choquante, aussi bien sur le plan juridique que moral. Au mieux, il esquissait un sourire, écartant ses yeux – d'un bleu limpide – en signe de désapprobation. C'était sa façon d'être narquois, tout en évitant l'offense envers l'autre.
En dehors du droit et pour les choses de la vie, c'était à lui que ses amis s'adressaient pour prendre conseil. Sa culture, sa profondeur et sa spiritualité faisaient de lui une référence. Je peux m'enorgueillir d'avoir fait partie de ceux qui tapaient parfois à sa porte.
Époux et père de famille d'un exceptionnel dévouement, aujourd'hui on pourrait affirmer que l'immense peine des siens est la première qu'il leur aurait, sans le vouloir, provoquée.
Écœuré par le climat ambiant qui prévaut désormais dans le pays du Cèdre, il allait souvent auprès de sa famille en Europe pour respirer un peu d'air de civilisation et de culture. Et c'est là qu'il nous a quittés, en un éclair.
Vous nous avez surpris, Monsieur le Bâtonnier, par votre décision de partir si vite, sans préavis. Notre peine est immense. Mais comme on le dit : « Ce n'est qu'un au revoir. »

Joe KHOURY-HÉLOU

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