Le fondateur du parti al-Nour, Yasser al-Borhami, s’est rendu aux urnes hier à Alexandrie pour le premier jour des élections législatives en Égypte. Photo/STR/AFP
Les Égyptiens votaient hier pour élire un Parlement qui va renforcer la mainmise du président Abdel Fattah al-Sissi sur le pays en l'absence de toute opposition, violemment réprimée depuis qu'il a destitué son prédécesseur islamiste Mohammad Morsi il y a plus de deux ans. Le scrutin à la fois uninominal et de liste a débuté hier et se poursuivra aujourd'hui dans 14 des 27 provinces du pays et s'achèvera, pour les quelque 55 millions d'électeurs du plus peuplé des pays arabes, le 2 décembre. Il enverra 596 députés au Parlement. Le seul enjeu de ce scrutin joué d'avance qui s'étale sur un mois et demi sera la participation, selon les experts : elle permettra de savoir si le quasi-culte de la personnalité dont jouit l'ex-chef de l'armée depuis qu'il a mis une fin brutale à l'éphémère pouvoir civil des Frères musulmans de M. Morsi s'effrite ou non dans un pays dont l'économie est en déliquescence.
Dans le bureau de vote installé dans une école primaire du quartier de Haram, au cœur de la capitale, une quarantaine d'électeurs sont entrés dans le calme à l'ouverture, les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. « Ce sera le Parlement du président », estime sans ambages Hazem Hosny, professeur de sciences politiques à l'université du Caire. « Une chambre d'enregistrement », renchérissent unanimes politologues et diplomates interrogés par l'AFP.
L'opposition éradiquée
Ce scrutin se déroule donc en l'absence de toute opposition et les innombrables affiches électorales qui couvrent les murs de la capitale ne montrent que des candidats soutenant Sissi. Toutes les coalitions concourant pour le scrutin de liste soutiennent M. Sissi et comptent dans leurs rangs bon nombre d'anciens membres du Parti national démocrate (PND), la formation dissoute de M. Moubarak. « Pour l'Amour de l'Égypte », la principale alliance, est cornaquée essentiellement par des hommes d'affaires multimillionnaires et des ex-ministres de M. Moubarak. Elle ambitionne de contrôler les deux tiers du Parlement pour soutenir M. Sissi. Le parti salafiste al-Nour est le seul parti islamiste en lice, ouvertement pro-Sissi lui aussi. Et pour cause, après avoir éradiqué les Frères musulmans, principale force d'opposition depuis près de neuf décennies, le nouveau régime a fait interdire et réprimer violemment toute manifestation de l'opposition laïque et libérale, interpellant les principales figures de la jeunesse qui mena la révolte de 2011 ayant entraîné la chute de Hosni Moubarak. Le pouvoir de M. Sissi a tué plus de 1 400 manifestants islamistes réclamant le retour de leur président, le premier élu démocratiquement en Égypte, et emprisonné plus de 15 000 partisans des Frères musulmans. Des centaines, à l'instar de M. Morsi, ont été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs dénoncés par l'Onu.
Ces législatives, les premières depuis la dissolution en juin 2012 du Parlement dominé par les Frères, se déroulent ainsi dans une quasi-indifférence. Une majorité d'Égyptiens, ravis de la reprise en main du pays par un « homme fort » après trois années de chaos politique, estime en effet que le Parlement ne jouera qu'un rôle très marginal. « Personne ne connaît les candidats de la circonscription », lâche Islam Ahmad, comptable de 32 ans qui se rend au travail. Il ne votera pas. « Ce parlement sera faible, inutile, c'est juste pour dire qu'on fait des législatives », dit-il en souriant.
(Source : AFP)

