Human Rights Watch (HRW) a appelé hier l'armée à remettre immédiatement en liberté et sans aucune condition Layale el-Kayaje « arrêtée par les services de renseignements le 21 septembre, après avoir affirmé à un média local avoir été violée et torturée par des agents des services de renseignements lors d'une précédente arrestation en 2013 ». L'affaire de Layale el-Kayaje, une Palestinienne vivant à Saïda, a été déférée par l'armée devant le tribunal militaire pour diffamation contre l'institution militaire et fausses accusations.
HRW a pu rencontrer la jeune femme qui a affirmé, depuis son lieu de détention le 9 octobre, avoir subi des pressions de la part des enquêteurs militaires au ministère de la Défense après son arrestation en septembre la forçant à retirer ses accusations contre des soldats de l'armée. « Plusieurs soldats sont venus m'expliquer que mes accusations seraient capables de ruiner la carrière et la vie de deux personnes qui ont des familles et des enfants. Ils ont affirmé vouloir m'aider à me débarrasser de cette affaire », rapporte HRW dans un communiqué. « J'étais encore traumatisée après ce qui s'est passé avec moi en 2013, et je voulais à tout prix en finir avec ce sujet, donc j'ai accepté de coopérer. Mais quelle ne fut ma surprise en découvrant que l'armée a publié le lendemain un communiqué dans lequel elle prétendait que j'avais lancé de fausses accusations et que j'avais avoué avoir menti concernant les abus sexuels pour gagner la sympathie des gens, devenir célèbre et décrocher un boulot », reprend HRW en citant Kayaje.
Le site d'information en ligne Now avait publié le 4 septembre une interview que lui avait accordée Layale el-Kayaje, dans laquelle elle avait déclaré avoir été arrêtée parce qu'elle avait posté sur son compte Facebook des messages de soutien au cheikh salafiste Ahmad el-Assir. Ce dernier a été arrêté le 15 août dernier alors qu'il tentait d'embarquer à bord d'un avion à destination du Nigeria, via Le Caire, en utilisant un faux passeport palestinien. Il est impliqué dans les affrontements meurtriers contre l'armée survenus en juin 2013 à Abra, au Liban-Sud.
« Le comportement des services de renseignements relève de l'intimidation et de la vengeance », a noté, dans un communiqué, Nadim Houry, directeur adjoint de HRW pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. « Alors que nous ignorons ce qui s'est passé avec Kayaje en 2013, la justice doit enquêter sur ses allégations très sérieuses de viol, au lieu de permettre aux services de renseignements de la garder dans un lieu secret », a-t-il poursuivi. HWR a appelé la justice à ouvrir une « enquête indépendante et impartiale » sur la détention de Layale el-Kayaje, comme sur ses précédentes déclarations sur la torture et le viol.
Liban - Droits De L’Homme
HRW demande la libération immédiate de Layale el-Kayaje
OLJ / le 17 octobre 2015 à 00h00

