De gauche à droite : Alex Lenaerts, Diala Choucair (BankMed), Emmanuel Bonne, Michel Choueiri, François Barras et Hérvé Sabourin.
C'est indéniablement l'un des événements annuels culturels parmi les plus attendus des libanais francophones, qu'ils soient lecteurs voraces ou simples francophiles. Vingt-deux ans que ce rendez-vous revient fidèlement, contre vents et marées, en dépit des crises politico-économiques ou des déchets... Vingt-deux ans qu'il fait se retrouver aux mêmes dates (qui, malheureusement, collent de trop près avec celles de la rentrée littéraire et la distribution des prix en France) lecteurs et auteurs de tout crin, de toutes disciplines et de différents pays ayant en partage cette (si belle) « langue de dialogue et d'échanges », dixit l'ambassadeur de France, Emmannuel Bonne.
Évidemment, au bout de tout ce temps, les habitudes s'installent. Les habitués aussi. Et dans la liste des auteurs invités, on relève que beaucoup n'en sont plus à leur première participation. « Beaucoup demandent à revenir », justifie l'un des programmateurs de ce Salon. En faisant remarquer que les auteurs qui reviennent « ont toujours une actualité. Kamel Daoud, par exemple, lauréat du Prix Goncourt Choix de l'Orient 2014, revient pour la remise de l'édition en langue arabe de son roman Meursault contre-enquête »
(Lire aussi : Le musée Sursock tourne le dos à la francophonie)
Le Liban, axe important de la francophonie
Organisé, comme toujours, par l'Institut français du Liban et le syndicat des importateurs de livres en liaison avec les libraires et en collaboration avec le ministère libanais de la Culture, les ambassades francophones et l'Agence universitaire de la francophonie, ce 22e Salon francophone de Beyrouth accueillera plus de 100 écrivains et 50 exposants. Il reste « un événement important pour plusieurs raisons », a indiqué, lors de la conférence de presse tenue hier au siège de la BankMed pour annoncer le programme, l'ambassadeur de France, Emmanuel Bonne. « Outre le fait qu'il est ancien, ce Salon du livre conforte le statut de Beyrouth comme ville ouverte de dialogue et de culture dans une région qui en a plus que jamais besoin (...) » Et d'ajouter : « Le Liban est un grand pays francophone. Il joue un rôle important au sein d'une francophonie vivante. (...) Sachez, par exemple, qu'un élève sur trois des écoles françaises dans le monde est libanais. Et que nous vendons au Liban pour 20 millions d'euros de livres édités en français. C'est vous dire à quel point ce pays compte pour la francophonie et la France », a-t-il conclu en remerciant « tous les partenaires de cet événement, à commencer par les autorités libanaises et le ministre de la Culture Rony Araiji, le syndicat des importateurs de livres, les libraires, la BankMed (qui soutient cette manifestation depuis 15 ans) ainsi que les ambassadeurs des pays francophones ».
Résistance culturelle encore et toujours
Prenant tour à tour la parole, les représentants de ces différents organismes et pays ont mis l'accent sur les « temps forts » de ce Salon et leur détermination à le maintenir « en dépit du contexte difficile dans lequel se trouve le pays », a ainsi affirmé le vice président du syndicat des importateurs de livres, Michel Choueiri. « C'est une manifestation culturelle à laquelle nous sommes tous profondément attachés. Par amour de la lecture, par amour du métier, mais aussi par cet esprit de résistance propre aux Libanais qui luttent contre tous les obstacles venant entraver leur vie culturelle, leur vie tout court. Avec comme thème cette année "Libres livres", ce Salon sera celui de "toutes les libertés" », a-t-il lancé en une belle formule.
« En Suisse, la culture, c'est du divertissement, ici c'est de l'ordre de l'oxygène et de la survie », a d'ailleurs renchéri l'ambassadeur de la Confédération helvétique François Barras.
(Lire aussi : OIF: Aider la presse francophone pour renforcer la démocratie)
Échanges tous azimuts
L'ambassadeur de Suisse a également mis en lumière les auteurs que l'on retrouvera au stand de l'Association suisse des diffuseurs, éditeurs et libraires. » Cette année, nous nous sommes focalisés sur l'échange à travers un programme de lectures, débats et animations sur deux axes : l'échange d'expérience et de pistes de coopération entre auteurs et institutions libanais et suisses (avec notamment la directrice du Théâtre populaire romand Anne Bisang) et l'exploration des liens d'amitié entre les deux pays tels que reflétés par les ouvrages de Gilberte Favre (qui narre dans La Langue des dieux son émouvante histoire d'amitié avec l'auteure et juriste récemment décédée Jacqueline Massabki) ou encore des Libano-Suisses Gérard Salem (auteur d'un roman autobiographique Marc de café) et Alex Baladi (qui lance le nouveau numéro de la BD Samandal).
« Les années précédentes, nous avions été présents avec des éditeurs scientifiques, cette année nous avons ciblé un domaine qui est dans l'ADN de la Belgique : la bédé », a indiqué pour sa part l'ambassadeur de Belgique, Alex Lenaerts. « La bédé est née dans l'encrier d'Hergé en 1929 avec l'apparition du personnage de Tintin. À l'origine belge, elle est devenue par la suite franco-belge, a-t-il rappelé avec un chauvinisme malicieux. Puis la concurrence avec Spirou a suscité de très nombreux talents, dont ceux de Bernard Hilaire, Thierry Belfroid et Benoît Peeters (le meilleur biographe d'Hergé) qui seront présents à ce Salon. »
Signalons par ailleurs que la bédéiste Zeina Abi-Rached et la graphiste Lamia Ziadé seront également présentes à ce Salon.
Enfin, Hervé Sabourin, directeur régional de l'Agence universitaire de la francophonie, a rappelé que « ce Salon met l'accent non seulement sur le partage de la langue, mais aussi des valeurs et de la diversité culturelle. Avec des auteurs invités en provenance des quatre coins de la francophonie, à l'instar de Dany Laferrière (de l'Académie française), canadien d'origine haïtienne, Robert Solé, français d'origine égyptienne, ou encore Kamel Daoud, parmi d'autres écrivains suisses, belges, roumains et bien sûr libanais ».
À noter que le programme est disponible sur le web à l'adresse suivante : www.salondulivrebeyrouth.org.
*Horaires d'ouverture : de 10h à 21h.
Un Salon jeune aussi
Le Salon du livre francophone de Beyrouth s'adresse aussi bien aux adultes qu'aux plus jeunes, avec une douzaine d'auteurs jeunesse invités et un prix « Jeunes critiques libanais » qui y sera décerné à deux auteurs par deux jurys d'élèves : « jeunes enfants » et « ados ». Sans oublier le prix littéraire des lycéens 2016 qui y sera lancé en présence de Charif Majdalani, Salma Kojok et Rodolphe Barry. « Parce que l'ambition du livre, qu'il soit outil d'étude ou support de loisirs, est de nourrir l'esprit critique », déclarent les organisateurs.
Lire aussi
« Sur le berceau de mon écriture, Giono s’était penché »
300 étudiants de dix pays font le « Choix de l’Orient »
Hervé Sabourin : « La francophonie, c’est une chance pour la diversité »


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine