Bernardino Leon, l’émissaire de l’Onu pour la Libye, a fixé au 20 septembre la date limite pour parvenir à un accord entre Libyens. Fadel Senna / AFP
Une course contre la montre est engagée pour parvenir à un accord entre les deux camps rivaux en Libye avant l'Assemblée générale de l'Onu la semaine prochaine, mais les négociations butent sur de profondes divergences dans un pays sous la coupe de groupes armés.
Bernardino Leon, l'émissaire de l'Onu pour la Libye, a fixé au 20 septembre la date limite pour parvenir à un accord sur la formation d'un gouvernement d'union nationale. Mais les réunions ont beau se succéder, le processus de négociations engagé depuis des mois risque de retourner à la case départ, victime des pressions, externes et internes, et des dissensions au sein de chaque camp. Un tel échec, qui interviendrait à la veille de la 70e Assemblée générale des Nations unies, pousserait M. Leon à mettre fin à sa mission engagée il y a un an, le 1er septembre 2014.
L'objectif de l'expérimenté diplomate espagnol était d'engager et de parrainer un dialogue entre les deux Parlements rivaux : celui basé dans la capitale Tripoli aux mains d'une coalition de milices, Fajr Libya, et celui installé à Tobrouk (Est), le seul reconnu par la communauté internationale. Un tel accord est souhaité avec force par la communauté internationale, qui y voit le seul moyen pour sortir la Libye du chaos où elle est tombée quatre ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi. L'économie s'est écroulée, les jihadistes du groupe État islamique y ont pris pied et le pays sert de point de départ pour des milliers de migrants traversant la Méditerranée vers l'Europe.
Le dialogue initié par M. Leon avait franchi une première étape le 12 juillet lorsqu'un accord de réconciliation avait été signé par le Parlement de Tobrouk. Le Parlement de Tripoli, le Congrès général national (CGN), avait initialement rejeté le texte avant d'accepter de reprendre les discussions la semaine dernière à Genève, où il s'était déclaré satisfait de voir certains de ses amendements pris en compte. Mais, depuis, le CGN n'a toujours pas entériné la version amendée de l'accord. Ses « membres continuent à débattre sur la nouvelle version » et « aucune date n'a été arrêtée pour le vote », a indiqué à l'AFP un responsable du CGN.
Retour au point zéro ?
Les négociateurs de Tripoli attendent ce feu vert pour retourner à Skhirat, la station balnéaire marocaine où se tiennent les négociations sous l'égide de M. Leon.
Le CGN subit les pressions exercées par les milices armées de Fajr Libya qui l'exhortent, par des manifestations quasi quotidiennes, à ne pas signer l'accord.
Quelque 1 000 km à l'Est, les perspectives semblent encore plus sombres à Tobrouk où siègent le gouvernement et le Parlement reconnus par la communauté internationale. Le président du Parlement et un groupe de députés ont rejeté mardi « toutes les modifications apportées au texte de l'accord » qui avait été signé le 12 juillet. « Nos négociateurs qui se trouvent à Skhirat doivent rentrer immédiatement s'ils ne souhaitent pas être considérés comme défiant l'autorité du Parlement », a déclaré Ali Tekbali, un élu contacté par téléphone à Tobrouk par l'AFP.
Malgré ce climat hostile, M. Leon persévère et reste optimiste de parvenir à un accord comme prévu dimanche. Il a annoncé mercredi soir à Skhirat qu'il commencerait les discussions sur les candidats proposés pour le gouvernement d'union nationale dès hier, en dépit de l'absence des deux parties.
« Je ne sais vraiment pas avec qui M. Leon compte discuter », a réagi M. Tekbali. « Il n'y aura pas d'accord dimanche et si le Parlement décide de retourner à la table des négociations, ce serait probablement après la fête de l'Adha », qui marque la fin du pèlerinage à la Mecque fin septembre. De ce fait, « tout pourrait retourner au point zéro », confie un responsable d'une organisation internationale à Tripoli. « Un échec pousserait M. Leon vers la porte de sortie. Le remplacer à ce stade prolongerait le processus alors que les violences sur le terrain ne feront que s'étendre », avertit-il.
Mohammad Ali HARISSI et Jalal AL-MAKHFI / AFP

