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Moyen Orient et Monde - Reportage

« La Hongrie, c’est loin ? La frontière est toujours ouverte ? »

Des familles de migrants attendent de monter dans un train à la gare de Keleti à Budapest. Attila Kisbenedek/AFP

La jeune femme, comme des centaines d'autres migrants, n'a qu'un but : entrer en Hongrie avant le 15 septembre, date fatidique à laquelle Budapest veut rendre hermétique sa frontière avec la Serbie. « La Hongrie, c'est loin ? La frontière est toujours ouverte ? » demande cette femme engagée, comme les autres réfugiés, dans une course contre la montre pour entrer dans ce pays de l'UE.
Une fois arrivés dans le village serbe de Horgos, en taxi ou en autobus, les réfugiés empruntent à pied la voie ferrée. Elle est jonchée de bouteilles d'eau vides, vêtements et couvertures détrempés par les pluies des derniers jours et d'immondices puantes, vraisemblablement abandonnés par ceux qui les ont précédés sur ce même chemin. La grande majorité ignore qu'ils parcourent les derniers quatre kilomètres les séparant du territoire hongrois, porte d'entrée dans l'Union européenne, d'où ils espèrent parvenir surtout en Allemagne, réputée pour sa politique d'ouverture envers ces malheureux, dont nombreux fuient des zones de conflit comme la Syrie, l'Irak ou l'Afghanistan.
Côté serbe, la police est quasi inexistante. Depuis le début de la crise des migrants, la Serbie a adopté une attitude particulièrement tolérante et compatissante envers les réfugiés, et a critiqué la décision de la Hongrie d'ériger une clôture métallique le long de la frontière entre les deux pays. À la frontière hongroise, de part et d'autre de la voie ferrée, s'étend une barrière de plus de deux mètres de haut, renforcée par du fil de fer barbelé. Les quarante mètres d'espace encore libre, dans les abords immédiats des rails, peuvent être facilement et rapidement fermés avec des barbelés si la décision de Budapest de rendre la frontière hermétique entre bien en vigueur demain. Mais hier, six militaires hongrois en treillis, kalachnikov sur l'épaule, observaient indifférents le passage des réfugiés en territoire hongrois. En vol stationnaire au-dessus de la frontière, un hélicoptère de la police rapportait la situation sur le terrain.

« Ne fermez pas les frontières »
Un nouveau nombre record d'arrivées de migrants a été enregistré samedi en Hongrie, selon des statistiques officielles. Au total, 4 330 migrants sont entrés dans le pays, soit environ 700 de plus par rapport au précédent record, établi jeudi. Et ce flot est loin de se tarir. Dans la nuit de samedi à hier, 5 000 migrants sont entrés en Macédoine depuis la Grèce, auxquels se sont ajoutés 2 000 autres depuis hier matin, selon des sources concordantes interrogées par l'AFP sur place.
Zahra a 17 ans et parle anglais. Elle est la porte-parole de sa famille de six personnes qui fuit l'Afghanistan. Maigrichonne, énergique, elle visse sur sa tête une casquette de base-ball bleu foncé, avant de raconter leur périple via les montagnes hostiles d'Iran, la Turquie, la Grèce et l'île de Lesbos, la Macédoine et la Serbie. « En Serbie, à Belgrade, ils ont été très gentils avec nous. Je me suis fait deux amies, Zorana et Suzana, qui nous ont beaucoup aidés », raconte cette adolescente de Kaboul. Un groupe d'une quinzaine d'autres jeunes Afghans passe en chantant et en tapant sur des bouteilles en plastique vides. « Liberté », lance l'un d'eux, dans un sourire. Après un bref répit, Zahra et les siens recommencent leur marche. « Dites-leur que nous sommes aussi des êtres humains. Dites-leur que nous ne voulons pas du mal à leur pays et surtout dites-leur de ne pas fermer les frontières », dit-elle, d'un ton serein, avant de s'éloigner avec les autres réfugiés.
Dans la cohue, un homme crie : « Ahmad ! Ahmad ! » en découvrant que son garçonnet manque à l'appel. La mère de l'enfant hurle son nom. Et alors que le flot avance vers la Hongrie, ces deux parents désespérés retournent vers la Serbie à la recherche de leur enfant.
Calin NEACSU/AFP

La jeune femme, comme des centaines d'autres migrants, n'a qu'un but : entrer en Hongrie avant le 15 septembre, date fatidique à laquelle Budapest veut rendre hermétique sa frontière avec la Serbie. « La Hongrie, c'est loin ? La frontière est toujours ouverte ? » demande cette femme engagée, comme les autres réfugiés, dans une course contre la montre pour entrer dans ce pays de l'UE.Une fois arrivés dans le village serbe de Horgos, en taxi ou en autobus, les réfugiés empruntent à pied la voie ferrée. Elle est jonchée de bouteilles d'eau vides, vêtements et couvertures détrempés par les pluies des derniers jours et d'immondices puantes, vraisemblablement abandonnés par ceux qui les ont précédés sur ce même chemin. La grande majorité ignore qu'ils parcourent les derniers quatre kilomètres les séparant du...
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