Sepp Blatter reste au centre du jeu alors que le ton monte avec les deux principaux candidats briguant sa succession à la tête de la Fifa, Michel Platini et Chung Mong-joon. De fait, toujours en poste jusqu'à l'élection, dans six mois, il occupe le terrain.
Samedi, il a vanté implicitement son bilan et la bonne santé financière de la Fifa (voir par ailleurs). Une nouvelle pierre dans le jardin de Platini, qui donne au jeu et aux joueurs la priorité et garde une certaine image « romantique », même après huit ans à la tête de l'UEFA. Mais Blatter a aussi été remis au centre du jeu, lundi dernier, par Chung Mong-joon. En confirmant sa candidature, le Sud-Coréen a assuré que l'instance internationale était « devenue une organisation corrompue parce que la même personne et ses acolytes l'ont gérée pendant 40 ans. Le pouvoir absolu corrompt absolument ».
Réplique immédiate de Blatter : « Chung a été vice-président de la Fifa, membre du comité d'urgence de la Fifa, pendant 17 ans, de 1994 à 2011. »
Interférences
Dans la foulée, des dossiers concernant le riche Sud-Coréen ressortaient dans la presse à propos de ses dons en 2010 à Haïti et au Pakistan après des catastrophes naturelles, mais aussi des soupçons autour d'un fonds de développement de 777 millions de dollars liés à la candidature de son pays au Mondial 2022 (finalement attribuée au Qatar). Le candidat y a tout de suite vu la main de Blatter et des « interférences » dans la campagne : « La Fifa est engagée dans une tentative autodestructrice de saboter la candidature de M. Chung, À la suite des récentes attaques contre le président de l'UEFA, Michel Platini. »
Allusion aux accusations de Blatter contre le Français d'avoir évoqué la prison pour le dissuader d'être candidat à sa réélection pour un cinquième mandat, en mai, au moment où plusieurs dignitaires de la Fifa étaient visés par un vaste coup de filet de la justice américaine pour corruption. « Histoire montée de toutes pièces », avait rétorqué le camp Platini, également échaudé par l'article très négatif sur l'ancien capitaine des Bleus transmis à diverses rédactions par... la Fifa.
Chung est même devenu acerbe : « La Fifa devrait se rendre compte que c'est parce qu'elle continue à s'engager dans de tels comportements répréhensibles qu'elle est défavorablement comparée à la mafia par tant de gens. » Le candidat asiatique a fait valoir un courrier du secrétaire général de la Fifa, Jérôme Valcke, l'assurant que cette histoire des 777 millions de dollars ne serait pas portée devant le comité d'éthique.
Quelque chose d'injuste
Au lendemain de la charge du Sud-Coréen, c'est François Carrard, président de la toute nouvelle Commission des réformes de la Fifa, qui est sorti du bois, pour la première fois, afin de prendre la défense de Blatter. « Il y a quelque chose d'injuste dans la manière dont on le traite. Je le dis en toute indépendance. On est en train de le brûler. Il a certes commis des erreurs, mais il a aussi apporté des changements positifs », a estimé, dans l'hebdomadaire suisse Le Matin dimanche, l'avocat connu pour avoir mis de l'ordre auprès du Comité international olympique (CIO) en 2000, après le scandale concernant l'attribution des JO d'hiver à Salt Lake City (2002).
(Source : AFP)
Blatter : Le foot rend fada...
« Les Français l'ont bien dit un jour : le foot rend fada, le foot rend fou, et c'est vrai », a déclaré samedi le président démissionnaire de la Fifa, Sepp Blatter, à l'occasion du Tournoi Sepp-Blatter de football, organisé chaque année depuis 18 ans à Ulrichen, dans le Haut-Valais suisse, berceau de sa famille. « Joao Havelange (prédécesseur brésilien de Blatter) m'a dit : "tu as créé un monstre" », a continué le président démissionnaire. « Mais ce n'est pas vrai. Le foot n'est plus seulement un jeu, il l'a dépassé, il est devenu une économie », a-t-il ajouté. « Seulement sur le terrain de jeu, on a des limites, un arbitre. Mais en dehors, on n'a plus de limites, plus d'arbitre. Comment contrôler tout le monde ? Il n'y a personne pour distribuer des cartons jaunes ou rouges », a encore expliqué Blatter. « Je suis un serviteur du football depuis 40 ans, bientôt 41 ans, a-t-il ajouté. Je ne me sers pas sur le foot, c'est pour cela que ça m'a touché, car on a attaqué la Fifa. Si on m'attaque, moi je peux me défendre. »
Interrogé sur les raisons exactes qui l'ont poussé à démissionner, Blatter a répondu : « Un jour, je vous dirai toutes les pressions subies. Il me fallait dégager en touche pour calmer le jeu... »


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