Ce qui était impensable il y a quelques semaines a donc eu lieu. Un représentant du régime syrien, et pas des moindres, aurait rencontré un haut responsable saoudien, et pas des moindres, grâce à une initiative de la diplomatie russe. L'information a paru la semaine dernière, et il n'y a pas eu de démenti de la part des principaux concernés, ni de commentaires d'ailleurs, à part un article dans le Sunday Times. La rencontre aurait donc eu lieu à Riyad, dans la seconde moitié de juillet, et elle a réuni le vice-héritier du trône, l'émir Mohammad ben Salmane, et le chef de la Sécurité nationale syrienne, le général Ali Mamelouk, en présence d'un responsable des renseignements russes.
S'il est clair que cette rencontre n'a pas abouti à des résultats concrets, ni à un changement de la politique des deux pays l'un envers l'autre, elle a en tout cas permis à chacun d'exposer son point de vue et ses griefs. Face au gouffre qui sépare actuellement les deux camps, la démarche peut être considérée comme un grand pas et une victoire incontestable pour les Russes, qui ont réussi à saisir le bon moment pour pousser les deux parties à se rencontrer. Selon un diplomate des pays du Brics à Beyrouth, les Russes préparaient depuis longtemps ce projet, considérant qu'ils sont les plus habilités à contribuer à la solution en Syrie, sachant qu'ils se sont investis pleinement dans ce pays qui constitue leur dernier ancrage dans la Méditerranée. Ils avaient d'ailleurs fait des tentatives dans ce sens, avec l'émir Bandar ben Sultan lorsqu'il était encore en charge du dossier syrien et avec l'ancien ministre saoudien des Affaires étrangères l'émir Saoud el-Fayçal. Mais elles avaient toutes échoué, les dirigeants saoudiens étant alors convaincus de pouvoir obtenir la chute du régime syrien en aidant les combattants de l'opposition syrienne.
Aujourd'hui, la situation régionale et en Syrie a quelque peu changé. Le prince Mohammad ben Salmane, qui est, avec son cousin Mohammad ben Nayef, considéré comme l'homme fort du royaume wahhabite s'est donc rendu en Russie pour ouvrir une nouvelle page dans les relations entre son pays et le Kremlin. L'émir, considéré dans son pays comme celui qui a voulu, planifié et qui dirige les opérations militaires au Yémen, a quelques difficultés à s'imposer sur la scène de commandement. D'abord, parce que son cousin, qui est aussi l'héritier du trône, Mohammad ben Nayef, est considéré comme l'homme des Américains en Arabie et ensuite parce que la guerre contre le Yémen s'est enlisée et n'a pas abouti à des résultats spectaculaires et décisifs qui auraient renforcé sa position au sein du pouvoir saoudien. Au contraire, en près de quatre mois de bombardements aériens intenses et de blocus sévère, Ansarallah (les houthis) sont toujours présents sur le terrain et contrôlent une grande partie du pays, notamment les grandes villes, comme Sanaa ou une partie d'Aden. De plus, la fameuse « tempête du Sud » annoncée dans les médias prosaoudiens dans le sud de la Syrie, notamment à Deraa, qui était censée ébranler le régime d'Assad pendant le mois de ramadan et menacer directement sa capitale Damas, a montré ses limites, et, au contraire, les forces du régime sont en train de reprendre l'initiative sur plusieurs fronts à l'intérieur du pays.
Enfin, et c'est sans doute l'élément le plus important, l'accord sur le nucléaire iranien entre la République islamique et la communauté internationale a été conclu, et les dirigeants saoudiens n'ont jamais caché qu'ils y étaient opposés et surtout qu'ils considéraient la signature de cet accord comme un lâchage de la part des Américains. Ce qui justifie dans une certaine mesure le fait qu'ils se tournent vers la Russie, dans une réaction de dépit et de colère, cherchant désormais des points d'entente avec Moscou.
C'est donc dans ce contexte qu'a eu lieu l'initiative russe visant à réunir les dirigeants syriens et les dirigeants saoudiens. Au cours de cette rencontre, l'émir Mohammad ben Salmane a reproché au général Mamelouk l'alignement du régime syrien sur la politique iranienne, et le général a reproché à son tour aux Saoudiens d'avoir laissé le Qatar, qui appuie les Frères musulmans, leur dicter leur politique en Syrie et dans la région. Entre-temps, le président syrien Bachar el-Assad a prononcé un important discours qui a d'ailleurs été largement critiqué par certains médias arabes et libanais, alors qu'il s'inscrivait dans le sillage des derniers développements : Assad a ainsi soigneusement évité de parler de l'Arabie et de son « rôle négatif » en Syrie, comme il le faisait dans ses précédents discours. Il a aussi réduit l'influence de l'Iran sur le régime syrien, en démentant totalement la présence de combattants iraniens aux côtés des forces du régime et en réduisant son aide à la logistique, sans oublier de remercier le Hezbollah en le considérant comme une force alliée unie dans le même projet arabe. Autant de tentatives indirectes de répondre à l'accusation saoudienne d'être devenu un satellite de l'Iran. Le régime syrien a donc ainsi écouté les conseils russes et il a voulu donner une chance à l'initiative du président Poutine.
Ce qui ne signifie certes pas que l'affaire est en voie de règlement. Le fossé est encore très profond entre les deux parties qui continuent à miser chacune sur la défaite de l'autre. Toutefois, l'insistance de certaines rumeurs venues de Turquie sur la détermination de Poutine à lâcher Assad montre que cette initiative russe inquiète de nombreux pays de la région. Si la Russie voulait lâcher Assad, pourquoi se démènerait-elle autant pour arranger une rencontre entre Mamelouk et le prince Mohammad ben Salmane ?
Sauf si Mamelouk lui-même s'apprêterait à lâcher Assad...
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sachant qu'ils se sont investis pleinement dans ce pays qui constitue leur dernier ancrage dans la Méditerranée. en parlant des Russes...akeed ils se sont investit en envoyant des armes sophestiquer au regime contre son peuple lol maintenant le lecteur ne comprend pas que dans un paragraphe vous affirmer que le future prince heritier est l'homme des américains... mais comme l'arabie saoudite c'est sentis lacher par ceux la meme elles se tournent vers la sainte russie .. maintenant ma question qu'est ce qui se passe affirmer qlq chose et son contraire? de plus vous dites apres que la situation en syrie a vue un leger retournement en faveur du regime right? alors comment expliquer vous l'entente des USA avec la turquie et la derniere information sortie de l'etat major US d'attaquer meme les forces d'assad s'en prenant au rebelle? merci de nous parler de cela !!
20 h 28, le 04 août 2015