À quelques heures du vote du CIO, vendredi à Kuala Lumpur, Pékin, forte de sa puissance économique et géopolitique, part favorite pour accueillir les 24es Jeux olympiques d'hiver en 2022 mais Almaty, qui promet des Jeux à dimension plus humaine, abat ses dernières cartes. La capitale chinoise a l'occasion d'entrer dans l'histoire de l'olympisme : si elle était choisie, elle deviendrait la première ville à accueillir à la fois des Jeux d'été (2008) et d'hiver.
L'agitation confinait donc hier à la frénésie au pied des tours jumelles Petronas, entre le centre de convention de Kuala Lumpur qui accueille la 128e session du CIO et les hôtels de luxe où les deux villes candidates ont installé leur camp de base.
Le vote est prévu pour 16h35 heure locale et la proclamation du résultat entre 17h30 et 18h00 (entre 9h30 et 10h00 GMT). Le CIO devra aussi choisir entre Lausanne (Suisse) et Brasov (Roumanie) la ville hôte des Jeux olympiques de la jeunesse 2020.
Outre leur candidature aux JO, la Chine et le Kazakhstan ont un autre point commun : ils sont tous deux dénoncés, par plusieurs ONG, pour leur piètre bilan en matière de droits de l'homme.
« Quelle que soit l'issue du processus de sélection, un pays connu pour violer les droits de l'homme sera l'hôte de ces Jeux », s'est alarmée Minky Worden, directrice des Initiatives mondiales à Human Rights Watch (HRW). Selon l'ONG, les autorités chinoises et kazakhes sont « ouvertement hostiles aux médias et aux militants qui critiquent le gouvernement, et s'abstiennent de protéger les libertés d'expression, de réunion et d'association, ainsi que d'autres droits humains fondamentaux ».
En Chine, plus de 130 avocats ont été arrêtés ou interrogés récemment, selon des groupes chinois de défense des droits de l'homme. Au Kazakhstan, « en 2013 et 2014, entre 350 et 400 plaintes ont été déposées pour dénoncer des cas de tortures et autres mauvais traitements », selon Amnesty International.
Les deux pays assurent avoir fourni des garanties au Comité international olympique (CIO), qui a renforcé ses exigences dans ce domaine. Et les rapports de la commission d'évaluation du CIO, qui s'est déplacée à la fois à Pékin et Almaty, se veulent rassurants. « La commission est convaincue que le gouvernement du Kazakhstan prendra toutes les mesures nécessaires pour garantir le respect de la Charte olympique et du contrat ville hôte », écrit ainsi la commission. Pour autant, souligne encore HRW, le CIO « ne dispose pas de mécanismes de supervision des droits humains destinés à évaluer dans quelle mesure un pays hôte respecte ces règles ».
Interdit d'interdire...
Un scandale avait éclaté peu avant les Jeux de Sotchi avec la promulgation par Moscou d'une loi antigay, certains athlètes étrangers appelant même à un boycott. En réaction, fin 2014, le CIO a adopté une série de réformes contenues dans l'Agenda 2020, qui incluent l'exigence pour les villes hôtes d'interdire notamment toute discrimination basée sur l'orientation sexuelle. « Dans le contrat signé par chaque ville est inclus le principe fondamental n° 6 de la Charte olympique, qui prévoit la non discrimination et la liberté des médias », a rappelé le président du CIO, Thomas Bach. À la tête du comité de candidature d'Almaty, le Premier ministre kazakh Karim Massimov a souligné que « le Kazakhstan est un pays où 100 ethnies et 40 confessions différentes cohabitent. Sous la direction de notre président, nous avons assuré un développement pacifique ». « S'il est normal que différents groupes soulèvent des questions autour des grands événements sportifs, nous croyons dans la capacité de la Charte olympique à protéger le pouvoir du sport des influences politiques », répondent de leur côté les responsables de Pékin 2022. « Pékin 2022 continuera à respecter la Charte olympique et poursuivra ses efforts pour séparer le sport de la politique », ajoutent-ils.
(Source : AFP)

