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Moyen Orient et Monde

La Grande-Bretagne, un « eldorado » pour les migrants de Calais

Immigration clandestine

L'île possède des avantages que nombre de pays européens ne possèdent pas, comme un taux de croissance avantageux et une langue universelle.

OLJ
30/07/2015

Porté par une économie florissante, accusé aussi de ne pas en faire assez contre le travail au noir, le Royaume-Uni reste la destination rêvée de milliers de migrants clandestins, prêts à prendre tous les risques pour rejoindre ce qui est à leurs yeux un « eldorado ».
Si, selon Eurostat, la Grande-Bretagne n'était en 2014 que le sixième pays européen en termes de demandes d'asile derrière l'Allemagne, la Suède, l'Italie, la France et la Hongrie, les tentatives spectaculaires de franchir le tunnel sous la Manche ces derniers jours mettent en lumière la force d'attraction de ce pays sur les migrants. Pour s'y rendre, ils sont prêts à mettre leur vie en péril. Depuis début juin, neuf clandestins sont morts sur ou autour du site du tunnel, à Coquelles, dans leur quête d'une meilleure existence et d'un travail. « Pour moi, la Grande-Bretagne est synonyme de liberté. Je gérais un magasin d'ordinateurs en Syrie. Je veux faire la même chose en Grande-Bretagne », raconte à l'AFP Bilal, un Syrien de 29 ans, qui tente sa chance « toutes les nuits » depuis qu'il est arrivé à Calais il y a un peu plus de deux semaines.
Avec un taux de croissance économique à faire pâlir d'envie les autres États européens, le Royaume-Uni agit comme un aimant. Le taux de chômage y est, selon les derniers chiffres, de 5,6 %, contre à 10 % en France. La langue est un autre facteur essentiel. La grande majorité des quelque 3 000 migrants présents à Calais est originaire d'Érythrée, d'Éthiopie, du Soudan et d'Afghanistan. « L'anglais est le plus souvent la langue étrangère qu'ils maîtrisent le mieux », note Hugo Tristram, responsable des réfugiés à la Croix-Rouge britannique. Un avantage évident lorsqu'il s'agit de trouver un emploi ou d'effectuer des démarches administratives. « Certains migrants peuvent, en plus, s'appuyer sur des connexions familiales » au Royaume-Uni, ajoute M. Tristram.
En 2014, 31 475 migrants ont déposé une demande d'asile au Royaume-Uni. C'est deux fois moins qu'en France, presque sept fois moins qu'en Allemagne (62 735, 202 645 en Allemagne), mais le taux d'acceptation des demandes y est nettement supérieur (39 % contre 22 % en France, selon Eurostat).

Pas de carte d'identité
Le système de prestations sociales ne procure en revanche aucun avantage décisif. Un demandeur d'asile majeur sans enfants touche 36,95 livres (52 euros) par semaine, soit moins qu'en France (11,45 euros par jour). Le gouvernement britannique fournit également un logement et donne accès au système de santé gratuit NHS et à l'éducation, mais là encore comme en France.
Ce qui fait vraiment la différence, dénoncent régulièrement certains responsables français, c'est que les autorités britanniques ne font pas assez pour lutter contre le travail au noir. Et qu'il n'existe pas de carte d'identité au Royaume-Uni, ce qui complique passablement les contrôles. « Halte à l'hypocrisie avec nos amis anglais (...) il faut que l'Angleterre change ses règles sur le travail des clandestins », a encore affirmé hier sur BFMTV/RMC le député Les Républicains Xavier Bertrand.
Hugo Tristram réfute pourtant l'idée que l'absence de carte d'identité ait un impact. « On relève les données biométriques de chaque demandeur d'asile, dit-il. Mais certains arrivants choisissent de ne pas déposer de demande d'asile (...) pour travailler au noir », souligne Zoe Gardner de l'association Asylum Aid qui apporte une aide légale aux migrants. Leur nombre exact est difficile à quantifier. « 3 000 personnes à Calais, ce n'est pas non plus toute l'Afrique qui frapperait à notre porte », relativise Zoe Gardner. Londres s'apprête néanmoins à durcir encore sa législation sur l'immigration, déjà renforcée en mai 2014. La loi oblige déjà les bailleurs privés à vérifier, sous peine d'amende, si leurs locataires ont bien le droit de résider au Royaume-Uni.
Jacques KLOPP/AFP

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