Le président ukrainien Petro Poroshenko devant le Parlement à Kiev hier où il a lancé la première étape de réformes constitutionnelles pour plus d’autonomie pour les régions séparatistes prorusses de l’Est. Service de presse présidentiel / Mykhaylo Polinchak / AFP
Les députés ukrainiens ont fait hier le premier pas vers une réforme constitutionnelle prévoyant plus d'autonomie pour les régions séparatistes prorusses de l'Est, un projet critiqué en Ukraine mais promu par les Occidentaux qui y voient un moyen d'apaiser le sanglant conflit armé.
En présentant le projet dans l'hémicycle, le président ukrainien Petro Porochenko a reconnu qu'il s'agissait d'une décision « difficile », mais que ses alliés occidentaux souhaitaient que la réforme soit « menée avec succès ». « L'agression ne s'arrêtera ni dans un mois ni dans un an. Nous devons apprendre à vivre dans ces conditions », a-t-il souligné en ajoutant que l'Ukraine ne pouvait pas se permettre de « se retrouver seule face à l'agresseur ». Les députés ukrainiens ont approuvé l'envoi du projet présidentiel d'amendements à la Cour constitutionnelle dont le feu vert est nécessaire avant le vote sur le texte, en deux lectures.
La secrétaire d'État adjointe américaine Victoria Nuland était présente hier au Parlement ukrainien pour ce qu'elle a qualifié de journée « historique ». Elle a rappelé mercredi que la « décentralisation » et « le statut spécial » des régions rebelles de Donetsk et Lougansk étaient prévus par les accords de paix signés à Minsk en février grâce à la médiation de la chancelière allemande Angela Merkel et du président français François Hollande, en présence du président Vladimir Poutine. Fait sans précédent, Mme Merkel et M. Hollande ont pris l'initiative de téléphoner mardi au président du Parlement ukrainien, Volodymyr Groïsman, pour souligner l'importance du vote. L'Occident considère cette réforme comme un pas majeur vers le règlement politique du conflit, qui a fait plus de 6 500 morts en quinze mois.
« Pression folle »
Le projet de réforme octroie davantage de pouvoirs aux conseils des élus régionaux et locaux, mais, contrairement aux attentes des rebelles, il ne confirme pas définitivement le statut semi-autonome des territoires sous leur contrôle. « Kiev a complètement ignoré nos propositions concernant le statut spécial », a lancé hier Denis Pouchiline, l'émissaire séparatiste qui a négocié les accords de Minsk, estimant que le projet de Kiev n'était « pas conforme » à ces accords. Selon le projet des autorités ukrainiennes, ce statut devrait être déterminé par une loi séparée et pour seulement une durée de trois ans, tandis que selon des médias ukrainiens, les Occidentaux réclament à Kiev d'intégrer ce statut dans sa Constitution, une idée qui se heurte à une forte opposition en Ukraine.
Beaucoup estiment que Kiev n'a pas à accepter de facto l'autonomie de régions où les autorités ukrainiennes soupçonnent toujours la présence d'armes et de soldats russes. « Les accords de Minsk ont leur logique : d'abord l'arrêt des hostilités (...) puis les amendements constitutionnels », a souligné le député progouvernemental Léonid Emets. « Nous sommes catégoriquement contre le fait que les criminels russes représentent le peuple qu'ils tiennent en otage » dans les territoires rebelles, a lancé M. Emets, cité par le site Internet Ukraïnska Pravda.
Selon la vice-présidente du Parlement Oksana Syroïd, les députés subissent « une folle pression » car « le monde (...) est fatigué et veut se débarrasser de ce sujet ». Comme plusieurs autres figures publiques en Ukraine, Mme Syroïd a estimé que cette initiative pourrait finir par « légitimer » les rebelles et « sonner le glas des perspectives européennes de l'Ukraine », voire de « l'État ukrainien ».
(Source : AFP)

