Les juges de la chambre de première instance du Tribunal spécial pour le Liban ont entendu hier, pour le second jour consécutif, le témoignage d'un ancien expert, Lorenzo Lantzi, qui travaillait pour le compte du bureau du procureur. M. Lantzi avait été chargé, en 2010, de mettre en place le recueil de photographies de deux des cinq accusés, Assad Hassan Sabra et Hussein Hassan Oneissi, dans l'affaire de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri.
Le recueil de photographies consiste en une série de photos illustrant des profils similaires à celui de l'accusé dont la photo figure également dans le recueil. Ce type de document est généralement utilisé dans le cadre de l'investigation, les photos étant soumises à des témoins, de sorte que ces derniers puissent reconnaître la photo de l'accusé, comme l'a expliqué la défense.
C'est sur le recueil de photos mais aussi sur les méthodes et règles suivies pour sa mise en place que le témoin a été longuement interrogé hier par Vincent Courcelle-Labrousse, le conseil de l'accusé Hussein Hassan Oneissi.
L'avocat a tenté de montrer aux juges les failles dans la technique utilisée pour rassembler les photos, pointant du doigt l'absence de règles rigoureuses suivies dans la procédure d'enquête.
Interrogé d'abord par le juge Walid Akoum sur le fait de savoir pourquoi l'expert a simplement planché sur le recueil de photographies de deux des accusés et non des autres, le témoin a expliqué que c'était « la tâche qui m'avait été assignée ». La défense a enchaîné en lui demandant s'il pouvait confirmer ce qu'il avait dit la veille, à savoir qu'il « n'avait pas les compétences requises » pour ce type d'expertise. Ce à quoi M. Lantzi a répondu qu'effectivement il n'avait pas cette compétence « avant que je ne commence à travailler au sein de la commission internationale d'enquête ».
Tout un débat s'ensuivit sur les règles et directives à suivre pour accomplir ce type de tâche, généralement prévues dans les législations nationales. Il en ressort notamment qu'à l'époque, il n'y avait effectivement « pas de directives officielles » en ce sens adoptées par l'accusation.
« N'est-il pas vrai que aviez un seul jour pour mettre ces recueils en place ? » lui a demandé M. Courcelle-Labrousse. « Je crois que oui », a dit le témoin avant de reconnaître qu'effectivement le travail « a été fait rapidement ».
On apprendra également que les photos rassemblées ont été extraites de formulaires d'application pour des demandes de visa, fournis par un certain « Laroche » qui les a obtenus lors d'une des missions effectuées au Liban.
« Autant que je m'en souvienne, l'objectif de la mission était d'obtenir les photos de certaines personnalités importantes ainsi que les photos de personnes tierces prises de manière anarchique », a expliqué le témoin, qui a dit toutefois ne pas se souvenir du nombre de formulaires recueillis par les enquêteurs.
M. Labrousse a ensuite interrogé le témoin sur le fait de savoir si, en établissant les liens de parenté entre les personnes sélectionnées dans le recueil des photographies, il avait en même temps vérifié l'appartenance communautaire, qui est généralement un référent au Liban. « Autant que je m'en souvienne, non, je n'ai pas vérifié cela », a répondu le témoin. La défense a mis également en exergue le fait que le témoin, ne connaissant pas la langue arabe, a dû recourir à une tierce personne au sein du bureau du procureur pour pouvoir déchiffrer les documents qui lui sont parvenus du Liban.
Liban - Tsl
La défense met au pied du mur un expert du bureau du procureur
OLJ / le 16 juillet 2015 à 00h00


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