La quasi-totalité des partis et personnalités du 14 Mars, ainsi que les centristes – le camp Joumblatt et le bloc Sleiman – ont exprimé soit leur réserve, soit leur franche hostilité, durant le week-end, au soulèvement aouniste. Fait plus marquant cependant, les dissonances à l'intérieur du 8 Mars se sont poursuivies au cours des dernières 48 heures, y compris à l'intérieur même du bloc du Changement et de la Réforme.
Les pôles du bloc Berry et du mouvement Amal ont ainsi poursuivi leur démarquage par rapport à la campagne menée par le Courant patriotique libre (CPL). Représentant le président de la Chambre au cours d'un iftar organisé par le mouvement Amal, le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, a indiqué hier que « les divisions confessionnelles et sectaires ont mené à la défaite de la société et de l'État, puisque nul ne l'a jamais emporté dans les batailles qui sont menées sur des slogans sectaires ou confessionnels ». « Le dialogue doit se poursuivre et s'élargir (...), et toutes les parties politiques au Liban sont appelées à ne pas ébranler la stabilité interne et préserver les forces sécuritaires et militaires. (...) Il n'est dans l'intérêt de personne de se livrer à des interprétations erronées de la Constitution », a ajouté M. Hassan Khalil.
Même son de cloche de la part des députés Ali Bazzi, Ali Osseirane et Kassem Hachem, qui a ajouté que le pays peut bien se passer « des aventures qui ne font qu'augmenter la tension ». L'un des membres politiques du mouvement Amal, Hassan Kabalan, a pour sa part stigmatisé le comportement du CPL, estimant qu' « il est inacceptable de distraire l'armée avec des mouvements de protestation à l'heure actuelle ». Nabih Berry, lui, a reçu samedi une délégation de notables sunnites du 8 Mars à Beyrouth, conduite par M. Kamal Chatila, qui a rejeté de fond en comble l'argumentaire du général Aoun concernant la spoliation des droits des chrétiens par les sunnites. « Il ne faut pas craindre ce genre de propositions et de tiraillements qui portent beaucoup plus atteinte à leurs auteurs qu'à la stabilité interne », a indiqué M. Chatila à l'issue de la rencontre, qualifiant le fédéralisme de « projet israélien, qui annonce, pour ceux qui le proposent, le retour à la guerre civile, et qui est rejeté aussi bien par les musulmans que par la plupart des chrétiens ».
Entretien Siniora-Frangié
Au plan chrétien, le chef du parti Marada, le député Sleiman Frangié, a reçu nombre d'appels pour le féliciter à la suite de ses prises de position de vendredi. La posture de l'ancien ministre a même provoqué un dégel perceptible entre lui et le chef du bloc parlementaire du Futur, l'ancien Premier ministre Fouad Siniora, qui l'a contacté pour le remercier, notamment pour son opposition au fédéralisme et à l'escalade. L'ancien Premier ministre Nagib Mikati et l'ancien ministre Wadih el-Khazen ont également exprimé leur appui aux positions de Sleiman Frangié.
Du côté du parti Tachnag, le secrétaire général de la formation, Hagop Pakradounian, a rejeté l'accusation portée par le chef de la diplomatie, Gebran Bassil, au Premier ministre de pratiquer le « daechisme politique ». « Je ne fais pas partie des hommes politiques qui favorisent ce genre de qualificatifs, surtout à l'égard d'une personne de la stature de Tammam Salam. Je n'aime pas non plus ce genre d'escalade face à nos partenaires nationaux », a-t-il indiqué au quotidien al-Mustaqbal. « Des termes comme daechistes et takfiristes ne devraient pas être utilisés entre nous. Cela ne nous honore pas », a-t-il ajouté, appelant M. Salam, qu'il a qualifié de « personnalité nationale et consensuelle » et de « symbole de la modération », « à faire preuve de résilience et ne pas céder à la pression ».
Même le ministre de l'Éducation, Élias Bou Saab, qui fait partie de la garde rapprochée du général Aoun, a rejeté l'utilisation du terme « daechiste » pour qualifier Tammam Salam, « une figure de la modération, avec laquelle notre conflit est politique ».
Quant au Hezbollah, il a adopté une position nuancée, mêlant, à travers les prises de position des députés Ali Fayad, Nawaf Moussawi et Mohammad Raad, soutien franc au chef du CPL et nécessité de préserver la stabilité et le dialogue avec Tammam Salam.

