Les parents des détenus islamistes à Roumieh ont organisé hier à Tripoli, après la prière du vendredi, une marche de la mosquée al-Mansouri jusqu'à la place al-Nour en guise de protestation contre la torture pratiquée sur leurs proches dans la prison de Roumieh.
Une centaine de protestataires ont coupé la circulation une fois arrivés au niveau de la place al-Nour et ont demandé la destitution du ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk. Ils ont de même appelé à des poursuites contre le ministre et la mise en liberté des prisonniers détenus à Roumieh.
« Vous ne nous représentez plus, vous ne représentez plus les musulmans honnêtes », a scandé le cheikh Mohammad Ibrahim lors du rassemblement à l'adresse de M. Machnouk. « Si vous aviez un soupçon de dignité, vous auriez démissionné immédiatement après la diffusion de la vidéo montrant la torture pratiquée sur nos proches », a-t-il lancé.
Parallèlement au sit-in observé par les parents des détenus, plusieurs sermons dans les mosquées de Tripoli contenaient des appels à la démission du ministre de l'Intérieur.
Ces développements survenaient sous l'œil vigilant des forces de l'ordre et de l'armée libanaise qui ont renforcé leurs mesures de sécurité préventives pour l'occasion. Dans une tentative de désamorcer la tension, M. Machnouk a demandé aux forces de l'ordre de retirer les bannières, les slogans et les portraits accrochés par ses partisans à Tripoli, remerciant ces derniers pour la confiance qu'ils lui ont manifestée.
De son côté, le comité des ulémas de Tripoli, proche des milieux islamistes, a dénoncé les pratiques de torture contre les détenus à Roumieh et appelé le ministre de l'Intérieur à « cesser de mentir ». « Que chaque officier et militaire sunnite m'écoute bien », a lancé l'un des membres de ce comité, le cheikh Toufic Halabi. « Si vous aidez les oppresseurs dans leurs actes, vous aussi vous êtes coupables. Il ne s'agit pas, comme l'a prétendu M. Machnouk, d'un dérapage isolé. C'est faux. C''est un mensonge », a-t-il dit.
Basbous
Le directeur général des Forces de sécurité intérieure (FSI), le général Ibrahim Basbous, a considéré, pour sa part, que les actes de violence commis contre les prisonniers à Roumieh sont « des actes individuels immoraux qui représentent une violation flagrante des droits de l'homme ». Le général Basbous, qui s'exprimait à l'occasion de la Journée internationale de la lutte contre la drogue, a affirmé que « les coupables seront sévèrement sanctionnés ».
Cinq agents des FSI ont été déjà arrêtés dans cette affaire et le dossier a été transmis au commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Sakr Sakr.
Les vidéos inculpant les agents des FSI auraient été diffusées en premier par un conseiller du ministre de la Justice, Achraf Rifi, affirmait hier le quotidien al-Akhbar, proche du 8 Mars. « Les vidéos ont été diffusées par un journaliste qui est aussi conseiller auprès du ministre de la Justice », peut-on lire dans le quotidien.
Une source proche de l'enquête a précisé au journal que ce journaliste était « le premier à avoir diffusé les vidéos sur YouTube vendredi dernier. Des images qui ont, dès le lendemain, été reprises par les médias et les réseaux sociaux ».

