Au lendemain de l’attentat déjoué de justesse, il y avait, à Louxor
L'attaque-suicide déjouée de justesse au célèbre temple de Karnak à Louxor a laissé craindre hier une nouvelle désaffection des touristes et des investisseurs étrangers en Égypte, qui tente de se relever après quatre années de chaos politique et économique.
Les attentats et attaques-commando, très fréquents en Égypte depuis que l'armée a renversé en 2013 le président islamiste Mohammad Morsi, visaient jusqu'alors exclusivement les forces de sécurité, en représailles, selon leurs auteurs, à la sanglante répression des partisans de M. Morsi par le nouveau pouvoir.
Mais d'après des experts, les jihadistes ont manifestement décidé de changer de cible et de frapper le pays à son talon d'Achille : le tourisme, l'un des piliers d'une économie égyptienne en piteux état, et les investissements étrangers, afin d'affaiblir le gouvernement du président Abdel Fattah al-Sissi, le tombeur de M. Morsi.
Hier, davantage de policiers que de touristes se trouvaient ainsi dans les rues de Louxor, notamment aux abords des nombreux sites de l'Égypte antique que recèle cette ville de 1,5 million d'habitants. Sur le parking du temple, seuls sept autocars et trois minibus stationnaient à 10h00, l'heure de l'attaque la veille, alors qu'ils peuvent être des dizaines dès l'aube. Dans le temple, à une cinquantaine de mètres de là où un kamikaze a déclenché mercredi sa veste bourrée d'explosifs et les policiers ont tué un de ses complices et blessé un troisième, environ 200 touristes déambulaient entre la fameuse allée des sphinx à tête de bélier et les pylônes de la salle hypostyle du temple du dieu Amon. La veille, au moment de l'attaque, ils étaient 604 visiteurs, selon la police qui les avait consignés et protégés à l'intérieur du temple dès l'explosion.
« C'est certain, il y a moins de touristes qu'(avant-hier), des voyages organisés ont été annulés en provenance de Hourghada », sur la mer Rouge, a déclaré à l'AFP Salah al-Masekh, le directeur des fouilles à Karnak.
Massacre évité
Juin est l'un des mois de la saison basse pour le tourisme en Haute-Égypte, touchée par une chaleur suffocante. Si le tourisme ne s'est jamais relevé des quatre années de chaos politique depuis la révolte populaire qui a chassé le président Hosni Moubarak du pouvoir en 2011, les visiteurs étrangers ont fait leur réapparition à l'automne et l'hiver derniers. À une bien moins grande échelle bien entendu que par le passé. En 2010, plus de 14 millions de touristes avaient visité l'Égypte. Un chiffre record, qui tranche avec les 9,9 millions en 2014, essentiellement concentrés dans les stations balnéaires de la mer Rouge, la plupart ayant déserté les joyaux de l'Égypte pharaonique.
Le ministre du Commerce et de l'Industrie, Mounir Fakhry Abdel Nour, avait en février fait part à l'AFP de l'optimisme de son gouvernement, qui souhaite attirer pas moins de 25 millions de touristes et générer des revenus de 20 milliards de dollars annuels, « une fois la sécurité rétablie dans le pays et surtout dans la région ».
C'est de justesse que la police a déjoué, mercredi, l'attaque-suicide, empêchant un massacre dans l'enceinte de Karnak, célèbre complexe religieux construit sur 2 000 ans et qui porte la marque de dizaines de dynasties de pharaons. Les trois assaillants étaient munis, outre d'une veste d'explosifs, de fusils-mitrailleurs et de 19 chargeurs remplis.
Mais le parquet de Louxor comme de nombreux témoins ont accusé hier les policiers de ne pas avoir fait correctement leur travail, assurant que le massacre a été évité grâce à la présence d'esprit du chauffeur du taxi des assaillants. Ce dernier a averti la police de l'attitude suspecte de ses clients, alors attablés à un café face à l'endroit où les bus débarquent leurs touristes.
Hier, un imposant dispositif policier quadrillait la ville, notamment aux abords de chacun des nombreux sites archéologiques. Des pick-up et camions remplis de policiers d'élite, la tête couverte par une cagoule, patrouillaient autour de chaque vestige, une activité inhabituelle selon les habitants.
(Source : AFP)

