Shinzo Abe, connu pour ses convictions nationalistes, est accusé par ses critiques de négationnisme historique. Sergei Supinsky/AFP
Les pressions montent sur le Premier ministre Shinzo Abe, à l'approche de la 70e commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour qu'il solde une bonne fois pour toutes le passé militariste du Japon, qui empoisonne les relations avec ses voisins. Ex-dirigeants politiques et historiens nippons multiplient ainsi les appels afin que Tokyo reconnaisse ses torts et assume ses responsabilités, en particulier à l'égard des 200 000 « femmes de réconfort », en majorité coréennes, enrôlées dans les bordels de l'armée impériale, et fasse acte de repentir.
L'empereur Akihito lui-même a fait part des « profonds remords » du Japon en recevant, début juin, le président philippin Benigno Aquino. Si la formule de l'empereur – vénéré par ses sujets, mais qui ne détient aucun pouvoir politique – n'était pas nouvelle, elle a pris un relief particulier alors que le Japon est dirigé par un Premier ministre connu pour ses convictions nationalistes.
Chef de la droite, M. Abe est accusé par ses critiques de négationnisme historique. De fait, il s'est montré pour le moins ambigu sur la question des Coréennes réduites en esclavage sexuel, minimisant le rôle des autorités nippones de l'époque. Hier, un ancien vice-Premier ministre, Yohei Kono, qui a le premier reconnu en 1993 la culpabilité du Japon dans l'exploitation des « femmes de réconfort », a enjoint à M. Abe de « reconnaître la vérité », lors d'une conférence de presse au côté de l'ex-Premier ministre Tomiichi Murayama.
M. Murayama, un socialiste, avait accompli un geste historique en 1995 en formulant pour la première fois explicitement, au nom de tout son gouvernement, des « excuses sincères » pour les crimes commis par le Japon en Asie avant 1945. Il avait reconnu que « la domination coloniale et l'agression » du Japon avaient provoqué de « terribles souffrances » aux pays voisins, dont la Chine et la Corée. Une déclaration endossée par tous les gouvernements qui ont succédé.
Si M. Abe a promis de ne pas revenir sur les déclarations de ses prédécesseurs, il a aussi laissé entendre qu'il ne voyait pas la nécessité de les « réécrire ». Il s'est contenté, pour l'instant, de réitérer les « profonds remords » du Japon. Le 15 août, M. Abe marquera les 70 ans de la défaite du Japon impérial par une déclaration officielle, qui sera examinée à la loupe dans la région.
(Source : AFP)


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