La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini (au centre), à son arrivée hier à la réunion des ministres européens des Affaires étrangères et de la Défense, à Bruxelles. François Lenoir/Reuters
L'Union européenne a mis sur pied, hier, une opération navale sans précédent pour combattre les trafiquants qui « font mourir » des migrants en Méditerranée, en les obligeant à des traversées vers l'Europe au péril de leur vie. Cette décision a été prise un mois jour pour jour après que 800 migrants, dont beaucoup enfermés dans la cale, eurent péri dans le chavirement d'un chalutier au large de la Libye.
L'opération militaire « doit rendre impossible, pour les organisations criminelles, de réemployer les instruments qu'elles utilisent pour faire mourir des personnes en mer », a martelé la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini. Cette mission, baptisée « EU Navfor Med », va déployer des bâtiments de guerre et des avions de surveillance des armées européennes au large de la Libye, devenue la principale plate-forme du trafic. Elle requiert un accord des Nations unies et ne doit être véritablement lancée qu'en juin.
Mais d'emblée, le gouvernement libyen (reconnu par la communauté internationale) a exprimé son rejet d'une option militaire. « Toute action militaire doit se dérouler avec la coopération des autorités libyennes », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Hatem el-Ouraybi. « L'option militaire n'est pas humaine lorsqu'il s'agit de faire face aux embarcations se trouvant dans ou hors des eaux libyennes », a-t-il poursuivi, invoquant notamment « la sécurité des pêcheurs libyens ». Réunis à Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères et de la Défense ont souligné espérer obtenir « le consentement » préalable des autorités libyennes, alors que ce pays est plongé dans le chaos sécuritaire et politique, avec deux Parlements et gouvernements rivaux.
« De la folie pure »
Pour encadrer le volet militaire de leur action, les Européens comptent donc sur une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu. « Je n'ai constaté aucune résistance politique majeure », a affirmé Mme Mogherini. D'abord réticente, la Russie semble prête à soutenir un texte ne mentionnant pas spécifiquement la destruction des navires. L'opération n'est toutefois pas sans risques : des trafiquants ont déjà ouvert le feu sur les gardes-côtes italiens pour les pousser à abandonner un navire intercepté. « EU Navfor Med » aura son quartier général à Rome et sera commandée par l'amiral italien Enrico Credendino. C'est à lui qu'incombera la responsabilité de déterminer la zone d'opération et donc jusqu'où les bâtiments européens pourront s'approcher des côtes libyennes.
Cette mission militaire est unanimement dénoncée par les ONG, pour qui elle va seulement déplacer les routes migratoires et augmenter les risques pour les clandestins. « De la folie pure », a critiqué Human Rights Watch.
(Source : AFP)

