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Moyen Orient et Monde

L’Égypte a sonné le glas de l’islamisme !

Opinion
27/04/2015

La condamnation de l'ancien président égyptien Mohammad Morsi, le 21 avril, à vingt ans de prison pour « incitation au meurtre », a refermé, semble-t-il, définitivement la parenthèse de 2011 qui a porté au pouvoir les frères musulmans en Égypte. Si la destitution de Morsi par l'armée le 3 juillet 2013 est antidémocratique, il n'en demeure pas moins que l'expérience des Frères Musulmans n'a pas présenté d'alternative crédible au pouvoir politique ni tracé une voie nouvelle qui aurait rompu avec les maux hérités depuis l'indépendance des pays de la région.

 

Pendant quatre décennies, les tentatives de certains régimes arabes, comme l'Égypte et l'Algérie, de jouer la tradition sunnite de nationalisation de l'islam contre les mouvements islamistes, ont échoué.
Toutefois, les premières élections libres après les révoltes de 2011 en Égypte et en Tunisie ont porté les parties islamistes au pouvoir, dans un contexte où les sociétés musulmanes percevaient les blocages politiques et économiques comme une perpétuation de la domination colonialiste du siècle passé et voyaient dans les élites au pouvoir des relais de cette hégémonie.


Historiquement, le blocage sur le plan des libertés et de la constitution d'une vraie citoyenneté provoqué par la perversion de l'ordre politique et séculier, a poussé les sociétés à rechercher des éléments d'ordre, d'organisation et de solidarité dans le champ communautaire religieux. Des mouvements se revendiquant de l'islam politique, qui n'étaient jusque-là que des organisations embryonnaires, ont trouvé alors un public, en apparaissant comme la seule alternative au projet libéral affairiste qui multipliait les formes d'exclusion. L'islamisme politique tirera sa légitimité du rôle joué par l'islam dans l'histoire des luttes anticoloniales des pays, ainsi que dans le prestige des combats réformistes du début du siècle. La mouvance islamiste prétend aussi s'inscrire dans la tradition des réformistes du début du siècle, s'inspirant pêle-mêle de Rashid Reda, Jamaleddine al-Afghani et Mohammad Abdou...


Toutefois, la synthèse qu'elle opère est bien plus influencée par une interprétation littéraliste du texte coranique, inspirée par le salafisme, que par l'effort intellectuel des grands réformateurs visant à concilier l'islam et la pensée moderne. La principale expression organisationnelle de cette mouvance islamique, les Frères musulmans, illustrera dans ses discours, dans ses pratiques sociales, culturelles et politiques et dans ses modes d'organisation et d'intervention publique, ce double héritage réformateur et salafiste. Ses positions politiques et ses objectifs principaux comme l'instauration d'un État islamique, l'application de la charia, l'hostilité à la réforme agraire et au développement d'un secteur public significatif, refléteront un conservatisme social et culturel évident. Il sera l'une des causes majeures de leurs confrontations avec le nassérisme et les mouvements nationalistes arabes en général.


Le « recours aux religieux » apparaît avant tout comme l'expression d'une crise de légitimité du pouvoir politique. Il s'agit donc de phénomènes résolument politiques, résultant de l'évolution du contexte géopolitique et de l'échec des stratégies de développement, qui s'expriment sur le mode religieux. Or la tendance majoritaire des Frères musulmans (qui ne constituent pas un bloc monolithique et sont traversés par différents courants) qui a remporté les élections et gouverné pendant un an n'a ni remis en cause le libéralisme économique ni la question des privilèges ou l'interventionnisme étranger, mais a au contraire renforcé le poids de la caste islamo-affairistes. Les Frères musulmans n'ont pas été en mesure d'apporter des solutions à des problèmes éminemment politiques. Pourtant les agitations que connaissent actuellement le monde musulman en général et le monde arabe en particulier ne peuvent trouver de solution sans remise en cause du fléau des rentes pétrolières mises au service d'idéologies rigoristes et d'intérêts politiques très profanes. En l'absence d'élaboration d'une théorie de justice sociale qui tienne compte des défis socio-économiques, principal facteur de désintégration des sociétés, l'islam politique ne saurait constituer une solution. Comme le résume parfaitement l'économiste algérien Ahmad Henni dans son livre Le Syndrome islamiste et les mutations du capitalisme (2007), « l'islamisme politique est un produit du capitalisme et n'a d'autre but que le gain de statuts sur un terrain politique, à des fins d'efficience économique, par la contestation des pouvoirs en place ».

 

Pour mémoire

Le Sunnistan éclaté...

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