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40e anniversaire de la guerre libanaise

Fouad Elkoury, un certain juillet 1982

Crédit: Fouad elkhoury. « Goldorak masks », Beyrouth 1982.

Il a débuté sa carrière en témoignant, à travers son objectif, de la vie quotidienne dans un Beyrouth en cendres et en sang. Quarante ans plus tard, le photographe partage ses souvenirs.
1982. Il est 21h dans un Beyrouth-Ouest assiégé par l'armée israélienne. Dans la ville déchirée par une guerre civile largement ponctuée d'interventions étrangères, un photographe s'est fixé pour objectif de capturer le quotidien d'une population prise au piège. « Il n'y avait ni électricité ni eau courante. L'on se nourrissait d'eau et de thon en conserve (...) C'était le pire été », se souvient Fouad Elkoury, large moustache et lunettes rondes immuables.
Mais ce 11 juillet 1982 n'est pas une journée ordinaire. L'Italie et l'Allemagne s'affrontent pour la finale de la Coupe du monde de football. « Ce jour-là, pendant trois heures, les bombardements israéliens se sont miraculeusement arrêtés. Les gens sont sortis de chez eux et nombreux sont ceux qui ont branché le poste de télévision à la batterie de la voiture. Impossible de rater le match, raconte le photographe. Quand l'Italie a gagné, tout le monde a sauté de joie. »

Fouad Elkoury a 23 ans lorsque, le 13 avril 1975, le Liban bascule dans une guerre aussi longue que dévastatrice. Lui qui se promettait à une carrière d'architecte, comme son père, se promènera alors dans la ville caméra au poing. Pendant près d'une décennie, il multiplie les visites au pays du Cèdre, documentant, entre autres, l'invasion israélienne et le départ précipité de Yasser Arafat en 1982 à bord de l'Atlantis.
« Une explosion n'allait pas forcément m'intéresser. Ce que je souhaitais photographier, c'était la survie dans des conditions extrêmement difficiles », dit-il.

En 1991, M. Elkoury est invité par la Fondation Hariri à revenir à Beyrouth pour prendre des clichés du centre-ville après la guerre aux côtés de cinq autres grands noms de la photographie, comme Gabriele Basilico et Raymond Depardon. « Je n'oublierai jamais la beauté de cette ville. La nature avait pris le pouvoir, l'eau ruisselait... J'avais l'impression que si je ne la photographiais pas immédiatement, la nature allait tout ensevelir. »
Quarante ans après le début du conflit, les bâtiments effondrés et la végétation sauvage du centre-ville ont laissé la place aux magasins de luxe et à des bâtiments flambants neufs, mais désespérément vides. « J'aurais souhaité que le président de la République préserve le centre tel qu'il était après la guerre, comme un poumon vert pour la ville (...). J'aurais voulu que les choses reprennent naturellement, que la réhabilitation vienne de la population et pas "d'en haut". »
« J'aurais voulu mieux pour Beyrouth, dit celui qui aime se définir comme un poète. Évidemment, je rêvais, comme d'habitude... »

 

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