Rechercher
Rechercher

Culture - Cimaises

Veni, Vidi, Vincenti

Coin de paradis pour tout touriste amoureux de la nature et des sites historiques, la botte italienne devient, à la villa Audi*, avec Paola Vincenti, une quarantaine d'huiles sur toiles, paysages lisses, certes, mais non dénués de charme.

« Ponte di Tiberio, Rimini, Emilia-Romagna », 2012, huile sur toile de Paola Vincenti.

La pelouse du jardin traversée, les escaliers dévalés, surgit, au cœur d'Achrafieh, l'Italie. Chantante, exubérante et ensoleillée Italie, captée par le pinceau de Paola Vincenti qui confesse d'abord qu'il s'agit là d'une ode d'amour à un pays qu'elle visite tous les ans. Croisée au perron de la villa, elle ajoute, avec un large sourire : « Après quatre ans et demi de labeur, ces toiles ne sont pas à vendre. Elles resteront dans ma collection privée... »
Alors invitation sans engagement, si ce n'est le plaisir de découvrir et de flâner, à un voyage pour un monde coloré où vieilles pierres, volets clos, ponts sur des canaux aux eaux dormantes, arbres en fleurs et criques abritant de frêles embarcations fusionnent. Et composent l'essence d'une longue pérégrination où, comme l'enchantement des lignes et des pages de Moravia, Pavese, Morante, Tabucchi et Calvino, fleurissent des paysages qui font rêver. Des paysages où la présence humaine est curieusement absente. Comme si l'Italie, brusquement frappée d'une baguette magique, sommeille éternellement d'une sieste indolente...
Des paysages fabuleux et, bien entendu, quelque part, mythiques dans l'imaginaire de toute personne qui cherche encore un peu de la grandeur de la Renaissance, d'une civilisation marquante, des villes médiévales synonymes de moment de bonheur, tout comme l'était Stendhal si épris de ces chartreuses de Parme pour des amours ou des instants de félicité et de paix qu'on voudrait impérissables...


Charmantes cartes postales, mais aussi images parfois guindées, reproduites en une touche personnelle d'après le regard des caméras et que l'artiste fait (re)vivre d'une manière simple, gommant les ombres, les bruits, les secrets et les mystères. Tout en leur empruntant d'autres ressources de séduction, bien chétives il est vrai...
Ombres, bruits, secrets et mystères qui suintent toutefois de ces couleurs soigneusement étalées. Dans un foisonnement de détails scrupuleux et de précisions architecturales d'une extrême méticulosité. Sans vouloir jamais forcer les traits, l'artiste restitue tout à une narration sans sophistication – tout en pensant sans nul doute à un Chirico, Canaletto, Hopper, Wesselmann ou Wyeth et en recourant à leur technique – mais où l'approche de l'image demeure avant tout reproduction d'un cadre enchanteur ou témoignage des vestiges que rien n'efface. Avec une sincérité de peintre de dimanche, c'est-à-dire où abondent les bons sentiments et la préoccupation du bien faire, sans se soucier d'une autre dimension que celle de l'image croquée dans sa plus élémentaire platitude et fidélité.


L'artiste offre à voir, en une évidente délectation (pour tant de labeur !), une sorte de « copy-paste » sans états d'âme des paysages italiens. Sans états d'âme est ici une figure de style car les paysages sont délibérément vidés de leur âme. Mais, nuance, pas de leur essence, atmosphère ou sécrétions odoriférantes. Il n'en reste que leurs représentations dans son intégrale nudité et prosaïsme. Ce qui donne quelque chose de froid et de glacé. Comme une photo glacée ultra-« photoshopée ».
Des eaux que rien ne frôle, pas même le vent. Des volets certes riants, mais où ne transparaît aucune vie. Des flopées de barques sans la trace du moindre pêcheur. Des linges qui sèchent sans le fichu d'une lavandière...
Mais dans cette Italie désertée de ses habitants, vidée de ses rires et de ses viscères, presque effrayante de solitude et d'abandon, demeure le faste merveilleux des lieux (oh combien Proust aurait aimé cette nomenclature !) qu'on égrène pieusement comme les grains d'un chapelet... Et on nomme, dans une musique douce à l'oreille et propice aux rêves : Tuscania, Manarola, Vernazza, Porto Ercole, Isola del Giglio, Varenna, Ponte del Diavolo, Urbino, Venezia, Ascoli Piceno, Fortezza Vecchio, Ponte di Tiberio, Rio Sottariva, Camogli, Portofino, Boccadesse Civita Bagnoregio, Viterbo, Villa d'Este, Gallipoli, Aberabello, Ischia, Pompei, Anfiteatri di Taormina... Étourdissante promenade où le ciel est tampon d'ouate et firmament azuré comme une pierre bleue échappée à la bague de Dieu... Avec l'architecture, si soignée dans ses plus imperceptibles détails, des villes en bord de mer ou des hameaux pittoresques et souriants en crête de colline...


La palette de Paola Vincenti est sans nul doute celle d'une femme transie d'amour. Peu lui importe toute autre considération – picturale ou sociale – que celle des lieux qu'elle croque en toute dévotion et fidélité. Mais avez-vous donc jamais vu une Piazza Navona sans passants ? Une trattoria sans animation ? Même Delvaux n'aurait osé y songer pour ses gares perdues, ses labyrinthes et ses égarements de pensée...
Pour tant de zèle, de passion, le virus de la découverte et du partage du soleil, de la mer et de la montagne contamine le visiteur. Ce vaste et singulier duplicata pictural superléché d'un tourisme sélectif est un éventail des charmes et ressources que la belle Italie réserve à tous ceux qui foulent sa botte. Et c'est ce que le pinceau de Paola Vincenti – faisant fi de toute mode ou toute tendance, mélangeant baroque et modernité – dit en un vrai cri et coup de cœur.

*L'exposition « Paysages d'Italie » de Paola Vincenti (sous le partenariat de l'Institut culturel italien et la Fondation Audi) à la villa Audi (près centre Sofil) se prolonge jusqu'au 17 avril.

La pelouse du jardin traversée, les escaliers dévalés, surgit, au cœur d'Achrafieh, l'Italie. Chantante, exubérante et ensoleillée Italie, captée par le pinceau de Paola Vincenti qui confesse d'abord qu'il s'agit là d'une ode d'amour à un pays qu'elle visite tous les ans. Croisée au perron de la villa, elle ajoute, avec un large sourire : « Après quatre ans et demi de labeur, ces toiles ne sont pas à vendre. Elles resteront dans ma collection privée... »Alors invitation sans engagement, si ce n'est le plaisir de découvrir et de flâner, à un voyage pour un monde coloré où vieilles pierres, volets clos, ponts sur des canaux aux eaux dormantes, arbres en fleurs et criques abritant de frêles embarcations fusionnent. Et composent l'essence d'une longue pérégrination où, comme l'enchantement des lignes et des pages...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut