Ceint de son écharpe tricolore de maire, Jean Germain posait souriant, pour les photographes, au milieu des robes blanches des mariées chinoises. Alain Jocard/AFP
Un sénateur français, considéré comme un proche du président socialiste François Hollande, s'est suicidé hier avant le début de son procès, en dénonçant dans une lettre d'adieu une « chasse systématique aux politiques », suscitant une vive émotion dans l'Hexagone.
Jean Germain (67 ans) était l'ancien maire de Tours, une ville proche des châteaux de la Loire qui attirent des millions de touristes chaque année. Il était impliqué dans une affaire dite des « mariages chinois », offrant à des couples venus de Chine de célébrer symboliquement, avec sa participation, des « noces romantiques » à l'occasion de voyages en France. Cet ancien président d'université, fils de pâtissier et père de deux enfants, était accusé de « complicité de prise illégale d'intérêts et de détournement de fonds publics », et d'avoir favorisé des malversations lors de l'organisation entre 2007 et 2011 de ces simulacres de noces, qui en eux-mêmes n'avaient rien d'illégal. Son cabinet avait embauché en 2008 l'organisatrice de ces visites, Lise Han, d'origine taïwanaise, recrutée ensuite par une société chargée du tourisme régional et bénéficiant donc de fonds publics.
Alors que le procès était sur le point de s'ouvrir au Palais de justice de Tours, son avocat, Me Dominique Tricaud, a annoncé que Jean Germain avait disparu « en laissant une lettre d'adieu ». Son corps était retrouvé peu après à proximité de son domicile, et la thèse du suicide aussitôt avancée par la police. « Je sais le mal que je vais faire, la peine que je vais diffuser à ceux qui m'aiment, mais on ne peut laisser la chasse systématique aux politiques se dérouler normalement, quotidiennement », a écrit Jean Germain dans cette lettre retrouvée dans son véhicule. « Il est des êtres, j'en suis, pour lesquels l'injustice et le déshonneur sont insupportables. Soyez sûrs que je n'ai pas détourné un centime, que je ne me suis pas enrichi », a-t-il ajouté.
Comme Salengro et Bérégovoy
Me Tricaud a expliqué que Jean Germain « était très, très mal » au matin de son procès. Il a comparé son client à Roger Salengro, ministre de l'Intérieur du Front populaire (socialiste) qui s'était suicidé en 1936 à la suite d'une campagne de calomnies l'accusant de désertion pendant la Première Guerre mondiale. Outre Roger Salengro, un ancien Premier ministre socialiste, Pierre Bérégovoy, s'était donné la mort en 1993 un peu plus d'un mois après avoir quitté ses fonctions : il avait été accusé d'avoir bénéficié de faveurs lors de l'achat d'un appartement.
Jean Germain avait été battu aux dernières élections municipales de mars 2014 alors qu'il briguait un quatrième mandat. Il a été maire de Tours de 1995 à 2014 et il était sénateur depuis 2011. Réagissant rapidement à sa mort, François Hollande a parlé d'un « drame terrible ». « Un grand élu vient de disparaître dans des conditions qui sont particulièrement cruelles », a-t-il dit. Le Premier ministre socialiste Manuel Valls s'est dit, lui, « bouleversé ». « Je perds un ami » qui a été « un élu extraordinaire » et a « changé en profondeur » sa ville, a-t-il déclaré.
En ce qui concerne Lise Han, pour la justice française, elle était de fait la gérante de la société organisatrice des « mariages », dont elle profitait financièrement tout en travaillant pour la mairie de Tours. Au procès, Lise Han est accusée « d'escroquerie », de « prise illégale d'intérêt » et de « recel de fonds publics ».
(Source : AFP)

